Des vraies et fausses bières d’abbaye…

Des vraies et fausses bières d’abbaye…

Et si je vous disais que les bières Leffe, Affligem et autres Floreffe n’ont pas plus de lien avec la vie monastique que le fromage Chaussée aux moines ? En France, il est bon de vanter les origines monastiques d’un produit. Cela tient probablement aux « racines chrétiennes qui n’existent pas ». Gage d’authenticité, de qualité du produit, de respect des traditions.

De là à imaginer que les millions d’hectolitres des bières d’abbayes belges qui se déversent chaque année sur le marché européen sont brassés par de solides moines en bure, il y a un pas difficile à franchir. Car si les brasseurs belges ont tenté de fixer des limites à l’emploi du nom « bière d’abbaye », les contraintes sont très limitées pour obtenir le précieux label. Par la réversion d’une partie des bénéfices à des œuvres caritatives et le rattachement à une abbaye ayant existé, le tour est joué. Que les moines de Floreffe et de Grimbergen aient définitivement quitté leur abbaye en 1796 ne gêne ainsi nullement les géants du brassage. Les abbayes de Leffe, d’Affligem ou de Maredsous sont bel et bien encore en activité, mais nullement pour la production brassicole qui a été confiée sous forme de licences à des brasseurs privés. Quant aux bières de l’abbaye d’Aulne et du Val Dieu, elles sont également le fruit de brasseurs dits « laïcs » mais qui ont réinstallé la production sur les anciens sites monastiques. Difficile de s’y retrouver. Le plus simple est de considérer ces bières dites « d’abbayes » comme une déclinaison commerciale des bières belges, ni plus, ni moins.

Chères trappistes

Il en est autrement des bières trappistes. Nos chers cisterciens ne se sont pas laissés dérober leur trésor. Les premières tentatives de protéger la production traditionnelle des abbayes cisterciennes remontent aux années 1930. Aujourd’hui l’Association internationale trappiste [sic] est seule à même de délivrer le précieux label « Authentic trappist product (ATP) » qui fixe des critères particulièrement stricts. Bien entendu, ces bières doivent être fabriquées par des… trappistes ou sous le contrôle de ces derniers. Ce qui semblait nettement moins évident pour les bières dites d’abbayes. La production doit également se dérouler dans les murs de l’abbaye ou à ses abords immédiats.

L’association cistercienne va plus loin en imposant que « le style de la communication et la publicité se caractérisent par la probité, la sobriété et la réserve qui siéent à l’environnement religieux dans lequel les bières sont fabriquées ». Onze bières bénéficient à ce jour du précieux label ATP. En Belgique : Achel, Chimay, Orval, Rochefort, Westmalle, Westvleteren. Aux Pays Bas : Trappe et Zundert. Restent les Engelszell (Autriche), Spencer Trappist Ale (Etats-Unis) et Tre Fontane (Italie). Ces bières, dont certaines sont assez difficiles à se procurer, atteignent dans leur ensemble un haut niveau de qualité. Elles sont donc naturellement à déguster… religieusement.

Pierre Saint-Servant – Présent

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