Vive la pub: un « Pays cathare » hors sol!

Dans la promotion touristique de nos régions, les collectivités locales utilisent souvent les noms des anciennes provinces françaises. On ne peut ainsi que se réjouir de voir des publicités sur les richesses culturelles du Berry, et non de l’Indre ou du Cher. La « marque » Berry a une signification pour les touristes (et les habitants), ancrée dans la réalité de l’histoire et la géographie du territoire : Bourges, Valençay, la Brenne, le fromage de chèvre, la bourrée, George Sand, Jacques Cœur… La Touraine, l’Anjou, la Lorraine ou encore la Bourgogne ont fait de même. Certains sont même allés plus loin : il y a quelques années, le Comité régional du tourisme de Bretagne a lancé une publicité, en partenariat avec les cinq départements bretons, Loire-Atlantique comprise, avec une belle photo de Guérande et des marais salants : un département a donc financé une campagne organisée par une région qui n’était pas la « sienne ». Le bon sens a dominé.

En revanche, on peut être légitimement étonné par l’utilisation de Pays cathare pour la promotion du tourisme dans l’Aude.

Depuis une vingtaine d’années, le département de l’Aude s’est mis dans la tête que cette « marque » était beaucoup plus appropriée que celle de Languedoc, pourtant naturelle et pleine de sens. Moralité, tout est mis à la sauce cathare : des monuments aux bateaux de croisières sur le Canal du Midi, jusqu’à la pizzeria Le Cathare(spécialisée dans la viande brûlée ?) en passant par le concessionnaire moto Cathar’bike (pour les parfaits motards ?). Le rapport avec le catharisme ? Nul. Certes, l’Aude a été l’un des territoires touchés par l’hérésie cathare il y a plus de huit siècles. Mais, dans l’histoire du Languedoc depuis 2 000 ans, le catharisme est un épiphénomène qui a touché une population restreinte de la région (10 % ?), pendant une courte durée, et dont les traces sont fort peu visibles. Les fameux châteaux cathares n’ont de cathare que le nom, sauf de rares exceptions. Même la forteresse de Montségur (en Ariège) n’a rien de cathare, ayant été totalement réaménagée après le siège de 1244. Et dire que certains y voient des signes ésotériques les jours de solstice… C’est la même chose pour Puilaurens, Quéribus ou Peyrepertuse.

En réalité, cette « marque » n’a qu’un intérêt : faire venir le touriste. C’est de la communication pure et simple, gobée par les gogos. Le catharisme, c’est vendeur, un peu comme les Templiers, la quête du Graal, le curé Saunière et autres mythes. Peu importe la vérité historique.

Et puis, faire ressusciter artificiellement le catharisme, c’est une bonne occasion pour certains – qui n’en manquent pas une – d’égratigner l’Eglise catholique. Un autre exemple ? Etrangement, seule la (petite) partie publique de l’abbaye de Lagrasse est mentionnée parmi les sites « du Pays cathare », et non la partie appartenant aux chanoines. Les vieux réflexes anticléricaux ont décidément la vie dure. A nous donc de préférer le Languedoc, ses châteaux, son vin et sa « vraie » abbaye de Lagrasse !

 

François Bregaint – Présent

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