Haut

Un vitrail à l’effigie de Mamadou N’Diaye, guérisseur et figure de Roubaix (Vidéo)

Un vitrail à l’effigie de Mamadou N’Diaye, guérisseur et figure de Roubaix (Vidéo)

Il se trouvait par hasard dans une brocante de Villeneuve-d’Ascq, avec cette inscription énigmatique : “A mon cher Mamadou qui m’a sauvé la vie. La Marquise“. Alors ce collectionneur a enquêté, et il a réussi à retracer la vie de Mamadou, qui était en fait une figure de la vie roubaisienne dans les années 70.

C’est en 1931 que ce Sénégalais, âgé alors de 22 ans, arrive à Roubaix. Mamadou N’Diaye, surnommé “la panthère noire” pour ses talents sur le ring, ouvre d’abord un club de boxe qui formera de futurs champions nordistes.

Dans les années 50, il ouvre son cabinet de guérisseur pour soigner les vertèbres des nordistes, ce qu’on appellerait aujourd’hui un chiropracteur. “Des Belges venaient tous les dimanches pour se faire soigner” se souvient Rolande, 79 ans, qui habite le quartier du Pile, à Roubaix, depuis toujours. “Il y avait même des footballeurs qui se rendaient au cabinet dès qu’ils se blessaient“.

Mais cela ne plaît pas au ministère de la Santé qui poursuit 22 fois Mamadou pour exercice illégal de la médecine. Chaque fois, il est soutenu par ses patients, par les Roubaisiens et même par la communauté médicale. “Des médecins venaient témoigner à la barre pour raconter que Mamadou était parvenu à soigner des patients pour qui ils ne pouvaient plus rien faire” explique Bruno Godichon, le conservateur du musée de la Piscine.

Mamadou parvient finalement à exercer légalement grâce aux nombreuses plaidoiries de son éminent avocat, Maître André Diligen*t, futur maire de Roubaix. Jusqu’à sa mort en 1985, les habitants rendront hommage à Mamadou lors de messes en l’Eglise paroissiale du Très-Saint-Redempteur.

 

*

Né à Roubaix le 10 mai 1919, André Diligent est le fils de Victor Diligent, grande figure du Sillon dans le Nord puis animateur de la fédération PDP jusqu’à sa mort prématurée en juillet 1931.

Filleul de Marc Sangnier, André Diligent fait ses études au collège Notre-Dame-des-Victoires de Roubaix(1), entre à la Faculté libre de droit de Lille en 1937.
Mobilisé durant la guerre, il est affecté à Marrakech où il termine ses études de droit. De retour en novembre 1942 en France, il devient secrétaire d’un syndicat de confectionneurs dont le siège, rue Faidherbe à Lille, entre dans la Résistance, est choisi comme commissaire régional adjoint à la Libération chargé de Radio-Lille.

Avocat de profession, il est élu conseiller municipal en 1947, devient adjoint à la jeunesse et aux sports du maire socialiste Victor Provost de 1949 à 1953.
Elu député MRP en 1958, secrétaire de l’éphémère Sénat de la Communauté de 1960 à 1961, il est battu aux législatives de 1962. Sénateur dès 1965, il devient président du groupe de l’Union centriste des démocrates de progrès à partir de 1974.
Intéressé par les questions liées à la presse, il est administrateur à la société Nord-Eclair-Edition qu’il préside de 1979 à 1989.
Vice-président du Centre démocrate en 1973 puis du CDS (Centre des démocrates sociaux) en 1974, il est élu secrétaire général de ce parti de 1977 à 1983.
Conseiller régional en 1974, il préside le groupe d’Action démocratique et régionale dans cette assemblée et siège au Parlement européen de 1979 à 1984.
Aux municipales de 1983, il est élu dès le premier tour avec l’essentiel de sa liste dans un fief tenu par les socialistes depuis 70 ans alors que le Front national est très présent. Président du Conseil national des villes, réélu sénateur en 1983, il doit se résigner, pour des raisons de santé, à démissionner en 1994 de sa fonction de maire de Roubaix.
Ayant choisi de résider à proximité de l’établissement où vit sa fille, victime du “malheur innocent”, il décède le 3 février 2002 à Villeneuve d’Ascq.

LES GRANDES PRIORITES DE SON ACTION

II s’inscrit dans la lignée de son père avocat “des riches et des pauvres”(2) Avant la guerre, il est impressionné par les articles de Georges Bidault mais surtout par la position très claire d’Henri de Kérillis, “seul député de droite à voter contre les pleins pouvoirs à Pétain”(3) ; il s’investit dans la résistance de retour à Lille en 1942.

A Roubaix, il accepte en 1947 l’alliance avec les socialistes : “c’est une option travailliste volontaire”(4). Membre de l’imposante section MRP de Roubaix, il prend peu à peu sa place dans la Fédération du Nord.
Dans la défense des résistants du mouvement Voix du Nord dirigé par Natalis Dumez, il rejoint le combat de son père, avocat du maire de Bailleul en 1927, au risque d’une censure de la part du grand quotidien régional qui est compensée par le soutien systématique de ses amis de Nord Eclair. Son ouvrage, “Un cheminot sans importance” retrace le combat de Pierre Hachin et de ses amis résistants pour retrouver l’intégralité de leurs droits(5).
L’intégrité et l’honnêteté de son caractère, en filiation directe, se retrouvent dans d’autres combats tels que la volonté d’entrer en contact avec les responsables des mouvements d’indépendance algériens comme Messali Hadj mais aussi Boudiaf sans pour autant négliger les rencontres avec les harkis.

A Roubaix, il n’hésite pas à organiser des carrefours de la liberté de l’enseignement lors du débat sur la loi Debré. A partir de 1958, il intervient de plus en plus au niveau fédéral dans les congrès et les commissions executives comme rapporteur de la politique générale.(6)
Son élection remarquée à Roubaix lors des législatives de 1958 ajoute à son crédit auprès des militants. Il prend la succession de Jean Catrice dans le rôle d’animateur. Bon orateur, il excelle dans le débat avec son sens de la répartie aux accents nordistes bien marqués. Cet avocat à la conscience droite et sans détours, cultive avec ferveur le sens de l’amitié. Il veut faire renaître, à sa manière, dans le MRP cette chaude ambiance des pionniers du Sillon, celle dont lui a parlé son père.
“II a de l’ambition pour ses idées plus que pour sa personne”, fait remarquer Roger Delelis qui a eu souvent l’occasion de le côtoyer dans les innombrables tournées auprès des élus locaux(7). Ne cherchant jamais à se mettre en avant, il a quelquefois, par manque d’ambition personnelle, laissé passer une chance réelle d’élection.
Homme de principe, attaché à la conception chrétienne de l’homme, il est inflexible sur certaines questions telles que l’avortement sans pour autant refuser le débat. Il aime citer Voltaire : “je ne partage en rien vos idées, mais je me ferais tuer pour que vous puissiez les exprimer”.
Dans son combat politique, il sait faire preuve de lucidité et de réalisme politique. Elu député en 1958, secrétaire de l’éphémère Sénat de la Communauté de 1960 à 1961, il est doublement battu en 1962, d’abord au sein du MRP où il aurait souhaité, après avoir lu des articles d’André Philip, une approbation du système d’élection du président de la République, au suffrage universel direct, ensuite aux législatives comme candidat républicain populaire(8).

En effet, avec Paul Bacon, Maurice Schumann pourtant différents dans leurs options, il comprend alors que l’élection du président de la République au suffrage universel est une proposition qui va recevoir l’aval de la majorité des citoyens et que, donc, par esprit démocratique, il faut s’y rallier plutôt que de s’opposer au nom du respect des corps intermédiaires, de la ” démocratie de groupes “. Il constate d’autre part à la commission executive du 15 mai 1963 que “le travaillisme est dépassé alors qu’il fut notre chance il y a dix ans”. Il en tire les conséquences en contribuant à orienter le MRP vers un “recentrage” politique.
Il apprécie le travail du Sénat où il est élu en 1965 : “à l’Assemblée, on s’agite, au Sénat, on médite”(9).

Intéressé par les questions liées aux médias, il siège au comité des programmes de télévision de 1965 à 1967, propose la création d’une commission sur les sociétés de rédacteurs et dénonce la publicité clandestine sur le petit écran en 1972. Ses rapports sur le budget de l’ORTF et ses propositions le font connaître en France et pourraient bien expliquer son échec en 1974. Surnommé “le Candide du Sénat”, il n’hésite pas en effet à dénoncer “les trois maladies de l’ORTF : gaspillage, copinage, téléguidage”.

Ayant acquis une dimension politique régionale et nationale, ” ce tribun chaleureux “(10) devient, en 1983, le maire de sa ville natale sinistrée par la crise. Conscient de l’hégémonie lilloise qu’il n’hésite pas à dénoncer par des actions d’éclat telles qu’une lettre ouverte à Pierre Mauroy ou une occupation avec une poignée d’élus d’un salon de la préfecture à la fin des années quatre-vingt, il veut renforcer l’union des deux autres pôles de l’agglomération, Tourcoing et Roubaix, formant le versant nord-est.

Il s’ingénie à faciliter l’implantation d’entreprises du secteur tertiaire dans une ville dont la vocation secondaire traditionnelle est frappée de plein fouet par la crise économique.

Il réussit à favoriser la venue de six mille étudiants dans des formations universitaires professionnalisées.
Grâce à une politique volontariste, il préserve la fonction de Roubaix en tant que capitale de la VPC (Vente par correspondance), désenclave la ville par l’arrivée de la ligne 2 du métro
et parvient à convaincre Bruno Gaudichon, conservateur, à venir transformer la piscine de Roubaix en Musée d’art et d’industrie.
Président du Conseil national des villes, réélu sénateur en 1983, il n’hésite pas, pour favoriser l’intégration, à proposer des responsabilités à des représentants qualifiés de la population maghrébine de la ville.
Conscient de n’avoir réussi à résoudre qu’une mince part des innombrables problèmes de cette “Manchester du Nord”, il réussit cependant à offrir à ses habitants, en guise de cadeau inestimable, “une fierté retrouvée”(11) selon la belle expression de Jules Clauwaert, longtemps rédacteur en chef de Nord Eclair, et ami très proche d’André Diligent.

Pour celui qui représente l’un des plus nobles témoins de la mystique démocrate chrétienne, il s’agit toujours d’être, dans le sillage de son père, “sur le terrain démocratique les bons témoins de l’efficacité sociale de notre foi”(12).

Lors de ses funérailles en l’église Saint-Martin de Roubaix, le 7 février 2002, en présence d’une foule recueillie de Roubaisiens de toutes confessions, d’amis venus de partout au premier rang desquels se trouvait François Bayrou, les proches d’André Diligent avaient choisi comme lecture, outre les Béatitudes, ce texte de l’Apocalypse : “Et j’entendis une voix qui, du ciel, disait : Ecris : Heureux dès à présent ceux qui sont morts dans le Seigneur ! Oui, dit l’Esprit, qu’ils se reposent de leurs labeurs, car leurs oeuvres les suivent”(13)

Bruno BETHOUART
Professeur d’histoire contemporaine à l’université du Littoral Côte d’Opale

Ouvrages d’André Diligent

– La télévision, progrès ou décadence, Paris, Hachette, 1965.
– Un cheminot sans importance, Paris, France-Empire, 1975. Cet ouvrage a reçu le Prix littéraire de la Résistance en 1979.
– Les défis du futur, 1977.
– La charrue et l’étoile, Strasbourg, Coprur, 2000.

Bibliographie
– Bruno Béthouart, Le MRP dans l’arrondissement de Lille, mémoire de maîtrise sous la direction de M. Yves-Marie Hilaire, Lille, 1972.
– Bruno Béthouart, Le MRP dans le Nord-Pas-de-Calais 1944-1967, Dunkerque, Editions des beffrois, 1984.
– André Caudron, Dictionnaire religieux du monde religieux dans la France contemporaine, Lille Flandres, t. 4, Paris, Beauchesne, 1990, p. 197-198.
– Yves-Marie Hilaire (dir.), Histoire de Roubaix, Dunkerque, Editions des beffrois, 1984.
– Sabine Chasseing, Les successeurs du MRP dans le Nord-Pas-de-Calais, mémoire de maîtrise sous la direction d’Yves-Marie Hilaire, Lille 3, 1988.


Notes :
__________________________________
1 André Caudron, Dictionnaire. ..- j. du monde religieux dans la France contemporaine. Lille Flandres, t.4, Paris, Beauchesne, 1990, p. 197-198.
2 Interview d’A. Diligent le 27.12.2000.
3 Interview d’A. Diligent, 27.12.2000.
4 Ibidem.
5 André Diligent, Un cheminot sans importance, Paris, France-Empire, 1975. Cet ouvrage a obtenu en 1979 le Prix littéraire de la Résistance.
6 Bruno Béthouart, Le MRP dans le Nord-Pas-de-Calais 1944-1967, Dunkerque, Editions des beffrois, 1984.
7 Interview de Roger Delelis, 12.11.1971.
8 B. Béthouart, Le MRP dans le Nord-Pas-de-Calais 1944-1967, Dunkerque, Editions des beffrois, 1984, p. 138.
9 Interview d’A. Diligent, 27.12.2000.
10 André Caudron, op. cit.
11 Titre du bel hommage rendu par un de ses amis proches, Jules Clauwaert dans l’éditorial de Nord-Eclair du 5.02.2002.
12 André Diligent, La charrue et l’étoile, Strasbourg, Coprur, 2000.
13 “Apocalypse de Jean”, 14 “, Nouveau Testament, Traduction oecuménique de la Bible, Pans, Les éditions du Cerf, 1974, p. 543-544.

Delit D'images
Pas de commentaires

Les formulaire de commentaire est actuellement fermé.

Traduire le site »

Nous utilisons des cookies pour vous offrir la meilleure expérience en ligne. En acceptant, vous acceptez l'utilisation de cookies conformément à notre politique de confidentialité des cookies.

Privacy Settings saved!
Paramètres de confidentialité

Lorsque vous visitez un site Web, il peut stocker ou récupérer des informations sur votre navigateur, principalement sous la forme de cookies. Contrôlez vos services de cookies personnels ici.


Nous utilisons Google Analytics pour réaliser des analyses statistiques sur l'audience.
  • _ga
  • _gid
  • _gat

Refuser tous les services
Accepter tous les services