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Un conservateur enragé (Vidéo)

Un conservateur enragé (Vidéo)

La série québécoise Les pays d’en haut cartonne. Avec plus d’un million de téléspectateurs pour la première saison et quasiment autant pour la seconde, le succès de cette série ne se dément pas. Mais qui, parmi ces nombreux auditeurs, sait que cette série est basée sur un roman de Claude-Henri Grignon, Un homme et son péché ? Et qui sait que ce romancier, dont l’œuvre a traversé le temps, était aussi un pamphlétaire assumé qui de son bastion de Sainte-Adèle pourfendait les lâches et les traîtres, utilisant le pseudonyme de Valdombre ?

Les pamphlets de Valdombre sont relativement populaires chez les bibliophiles québécois qui parviennent à en dégotter un ici et là au hasard d’un marché aux puces ou d’une librairie de livres usagés, mais jusqu’à aujourd’hui ces feuillets n’avaient jamais été réédités. Eh bien, c’est chose faite, le public tant québécois que français peut désormais déguster du Valdombre sans avoir à compter sur la chance d’une découverte fortuite. Les éditions Synoptique viennent d’en publier quelques morceaux choisis sous le nom d’Un conservateur enragé, titre dont se qualifie lui-même Grignon.

 

Celui-ci se dit également catholique et nationaliste et pourtant, en le relisant, on a l’impression qu’à la manière d’un Léon Bloy c’est « [sa] bataille » qu’il mène pour « la vérité, [sa] vérité ». Il navigue à tâtons, ou bien guidé par son goût de la polémique et le désir de choquer. A quoi bon être polémiste si c’est pour hurler avec les loups ou suivre le troupeau. Il déclare ainsi que « le libéralisme […] reste le plus redoutable ennemi du communisme », que les pensions de vieillesse établies par le très catholique Maurice Duplessis sont un pas vers le communisme et que le véritable nationalisme n’est pas de s’opposer à la conscription, ce qui est le cas de la grande majorité des Canadiens français en 1942, mais de l’appuyer. Impossible de se défaire de l’impression qu’il campe sur ces positions pour le simple désir de choquer et de prouver qu’il n’est assujetti à personne, à aucune idée préconçue. C’est là son seul orgueil, celui de n’être à la botte de personne, de ne rien devoir ni aux « trusts », ni aux « bandits politiques ».

Mais, si on se replonge dans Valdombre en 2018, ce n’est pas tant pour puiser dans les idées de l’homme que pour s’abreuver de cette prose qui a le goût d’une époque révolue. Alors que Léon Daudet maniait le fleuret, il manie la hache à la manière des bûcherons des Laurentides, se servant d’un français qui n’est pas exempt de canadianismes, « une langue virile, un langage qui a du son, de l’allure, de l’allant, de la vérité et de la lumière ! ».

Pour l’anecdote, et c’est un fait peu connu, le journal Le Fasciste canadien, dirigé par Adrien Arcand, faisait la promotion de ces dits pamphlets en 1937, une faveur qui n’empêcha pas Grignon de s’attaquer à Arcand dans les années suivantes.

Ce dont rêvait Grignon et qu’il exprime au travers de son œuvre, romans y compris, c’est un Canada enraciné, catholique et fier de ses racines françaises, un pays paysan qui ne courberait pas l’échine devant l’Anglais, mais s’agenouillerait devant la Croix.

Claude-Henri Grignon, Un conservateur enragé, Synoptique, 2018, 205 p.

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