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Sur la violence gratuite en France

Sur la violence gratuite en France

“Toutes les deux minutes, une plainte est déposée à la police pour une violence gratuite et tout citoyen peut être confronté à une telle agression. Pour moi, l’ensauvagement, c’est lorsque la parole ne fait plus tiers, lorsqu’existe un différend même minime entre individus. Il y a quelques années, 85 % des mineurs traduits devant la justice changeaient de comportement après leur rencontre avec l’institution judiciaire, la parole du juge. Ils ne sont plus que 65% actuellement, et c’est d’eux dont je parle ici. L’impulsivité prime, l’autre n’est plus considéré que comme un objet sur lequel décharger la tension qu’on ressent dans l’immédiateté, comme une gêne à éliminer. Ceci soulève la question de savoir quelles sont conditions nécessaires pour qu’un individu se civilise.

En tant que médecin, j’affirme que ces comportements extrêmes sont de plus en plus fréquents et de plus en plus grave.
Cette évolution n’est pas soudaine, j’en écrivais la certitude en 1992. L’attitude des gouvernements successifs a été de penser implicitement «après moi, le déluge», déluge qui est là maintenant ; et aussi de se plier à une idéologie qui définit comme «sécuritaire» et animée d’intentions électorales toute personne qui alarme sur ce sujet. En tant que médecin qui, depuis 40 ans, a le plus travaillé en France sur la prise en charge des enfants et adolescents violents, j’affirme que ces comportements extrêmes sont de plus en plus fréquents et de plus en plus graves. Un facteur parmi d’autres est l’impunité importante concernant la première atteinte aux personnes, que j’appelle le droit de tabassage. En réadaptation fonctionnelle où je travaille aussi, je reçois des adultes qui gardent à vie des séquelles physiques ou cérébrales définitives après une agression pour un supposé mauvais regard, et dont l’agresseur mineur n’est puni que d’un sursis car il n’était pas récidiviste. La vie ou la qualité de la vie restante de la victime est ainsi démonétisée. Or c’est simple, quand on n’est pas puni, on recommence.”

 

 

 

Cet ouvrage est consacré aux violences dites gratuites ou non crapuleuses, en constante augmentation en France. Il ne s’agit pas seulement de faits divers parus dans les journaux, tout citoyen peut y être confronté un jour.

Appuyé sur quelques-uns des nombreux cas qu’il a eu à traiter, l’auteur montre en quoi le discours journalistique, sociologique, politique actuel, est inexact : la violence gratuite n’est pas due à la précarité, ni à la stigmatisation, ni à la « ghettoïsation ». Elle ne peut être comprise qu’à partir de plusieurs axes psychologiques, culturels, neuroscientifiques. Des processus très complexes sont donc présents derrière un acte « sommaire », frapper.

Bien entendu, les comprendre n’excuse en rien les auteurs mais c’est en allant au fond de l’analyse que la société pourra enfin avoir une vision juste de ce phénomène très inquiétant.

Un livre qui mélange très efficacement les scènes vécues et l’analyse théorique.

Une remise en cause très documentée de l’explication « sociétale » de la violence des jeunes.

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