Salafistes toujours interdit de télé!

Lors de sa sortie en salle l’année dernière Salafistes avait été accusé de faire l’apologie du terrorisme et interdit au moins de 18 ans. Le réalisateur du film, François Margolin, dénonce une décision idéologique liée à un aveuglement médiatique et politique sur la question de l’islam.

Il me semble que le plus inquiétant dans la victoire de Donald Trump aux élections américaines n’est pas son élection mais les réactions que celle-ci a provoqué en France.
Après avoir, durant des semaines ou plutôt des mois, nié qu’il y ait une chance quelc/Users/isabel/Desktop/images.jpegonque qu’il soit élu, l’essentiel de la presse et de la classe politique s’est abstenu d’une quelconque auto-critique.
“Nous ne sommes pas passés à côté du phénomène”, “Nous avions envoyé des journalistes sur le terrain qui nous ont bien prédit cette élection”, “nous n’avons pas failli à notre tâche et ce sont les sondeurs américains qui se sont trompés”. Ces phrases, glanées sur toutes sortes de radios et dans de nombreux éditos de journaux dans les jours qui suivirent l’élection, en disent long sur le déni auquel on a à faire.
Notre classe médiatico-politique qui prend ses désirs pour des réalités, qui n’aimait pas Trump et pensait donc qu’il ne pouvait être élu, – de même qu’elle pensait que le Brexit n’était pas bon pour les Anglais, et donc que ceux-ci ne pouvaient voter pour -, s’obstine dans son aveuglement et c’est très inquiétant pour l’avenir.
A force de nier ce qui se passe en France et de se cantonner dans un microcosme parisien, il y a fort à parier que le mouvement qui porte Marine Le Pen vers les portes du pouvoir sera lui-aussi occulté, comme les causes de celui-ci et que, du coup, son élection à la présidence de la République devienne tout-à-fait possible.
C’est très inquiètant et cela l’est plus encore depuis ces dernières semaines.

Nous vivons dans un pays où le déni est la règle et l’indépendance d’esprit une exception.
On pourrait presque dire qu’il s’agit d’une tradition française: déni de la Collaboration, bien sûr, déni de la Guerre d’Algérie, déni des massacres commis par les régimes communistes que ce soit en URSS, dans la Chine maoïste, dans le Cambodge des Khmers rouges ou, plus récemment, dans le Cuba de Castro… la liste est longue de ces raisons successives de “ne pas désespérer Billancourt”.
Il en va de même avec le djihadisme et l’idéologie qui le porte: le salafisme.
Comme l’écrivait Jacques Derrida: “L’islam n’est pas l’islamisme, ne jamais l’oublier, mais l’islamisme s’exerce au nom de l’islam, et c’est la grave question du nom”.
A force de nier son influence -et parfois même son existence- en attribuant, sans le moindre argument, les attentats à toutes sortes de “déséquilibrés”, de “loups solitaires” et autres membres de “sectes”, à force de ne pas dire que les terroristes sont musulmans et qu’ils font partie d’une tendance de l’Islam, dont le poids se fait sentir à travers l’ensemble du monde musulman, et pas seulement en France, à force de ne parler que d’”amour entre les hommes” et de “fraternité française”, on fait la part belle au discours de l’extrême-droite et on ouvre un boulevard à ses représentants politiques qui apparaissent comme les seuls à oser nommer les choses et à mettre des mots sur ce qu’il se passe.

Au nom de quoi a-t’on le droit de dire à des djihadistes: “Vous n’avez aucun rapport avec les textes dont vous vous réclamez, avec la foi que vous proclamez?”
Il y en a assez de ces anathèmes sur l’”islamophobie”, sur “l’amalgame”, sur la “stigmatisation”, dès que l’on dit quelque chose qui s’écarte de la norme. Ce sont malheureusement ceux qui n’ont que ces mots à la bouche et ces obsessions dans la tête qui sont islamophobes et qui font l’amalgame entre les islamistes et l’ensemble des Musulmans.
A force de faire des leçons de morale plutôt que du journalisme, à force de faire de la com’ plutôt que de la politique, ceux qui parlent en notre nom et nous dirigent se discréditent.
Ce qu’il nous est arrivé avec notre film “Salafistes” en est un bon exemple et l’acharnement du gouvernement -le précédent, mais celui-ci est-il différent?- à son encontre permet de mieux comprendre l’attitude de celui-ci à l’égard de l’islamisme radical. Cet acharnement en est, en quelque sorte, le révélateur.
Loin de nous, bien sûr, l’idée de dire que notre film soit le symbole de l’islamisme radical: il en est l’exact inverse et nous avons risqué notre vie pour le faire, mais, dans cette incompréhension magistrale, résident toutes les erreurs qu’a commis le gouvernement pour le combattre.
Ce n’est pas en effet, contrairement à ce qu’a affirmé le gouvernement, à grand renfort de déclarations et de communiqués, depuis des mois, et qu’il essaie de faire passer dans les esprits du public potentiel et de journalistes qui ne se sont pas même donnés la peine de voir le film, de prétendues “images de très grande violence” qui sont à l’origine de son interdiction aux moins de 18 ans, mais bien ce qui y est dit.
Non seulement ces images -qui représentent moins de deux minutes sur soixante-douze que dure le film et qui sont montrées à raison d’extraits d’un maximum de 15 secondes- sont accessibles, sur internet, en quelques secondes, à n’importe quel enfant de plus de dix ans un tant soit peu débrouillard, mais n’importe quel spectateur honnête comprend parfaitement la raison de leur présence dans le film.

Les juges du Tribunal Administratif ne s’y sont pas trompés, à deux reprises, en Février et en Juillet dernier, puisqu’ils ont écrit, pour justifier la suppression de toute interdiction du film, dans les attendus de leur jugement, que la décision de l’ex-ministre Fleur Pellerin était “entachée d’illégalité” et que: «contrairement à ce que soutient la ministre de la culture et de la communication, le dit documentaire ne peut être regardé comme véhiculant une propagande en faveur de l’intégrisme religieux ou incitant, même indirectement, des adolescents à s’identifier à des mouvements prônant l’action terroriste…»
Pourquoi donc une telle attitude alors que passent régulièrement, sur toutes les chaînes, à des heures de grande écoute, des images beaucoup plus violentes et, en particulier, celles de l’Etat Islamique, comme dans ce documentaire de Canal+, “Le Studio de la Terreur”, diffusé il y a peu, à grand renfort de publicité, encensé par la presse, et seulement “recommandé aux moins de 12 ans”, qui comprenait pour près de moitié des images de films de propagande?
Pour une raison très simple: il est impossible de voir “Salafistes” et de continuer à penser que les salafistes, qu’ils soient djihadistes ou quiétistes, ne sont pas musulmans. Or, c’est toute la stratégie gouvernementale qui consiste à nier ce fait, évident pour tout un chacun, et dans le monde entier.
Ce déni complet de la réalité, dont les conséquences “politiques” consistent à dire qu’il ne faut pas “stigmatiser” une partie de la population ni “faire d’amalgame”, fait non seulement le lit du Front National -puisque personne ne croit plus le gouvernement- mais, plus grave encore, il fait passer l’ensemble des Musulmans pour de potentiels terroristes et empêche tout débat au sein de l’Islam, en France.
C’est un comble qu’il faille aller dans les pays musulmans pour que l’on considère que les salafistes sont eux-aussi des musulmans et que l’on pense qu’il est normal de débattre du sujet avec eux.
Or, faut-il le rappeler, le salafisme est un mouvement mondial, qui touche pas loin de 15% des populations arabes sunnites, sans parler des autres musulmans dans le monde

Je suis ainsi allé présenter récemment, à une heure de très grande écoute, “Salafistes”, à la télévision tunisienne, dans ce pays qui est le seul pays où la démocratie a survécu aux Printemps arabes, et sa projection -qui était accessible aux publics de tous âges- a été suivi d’un débat passionnant avec aussi bien un juge et un général chargés de la lutte anti-terroriste que le numéro 2 du parti Salafiste. Personne n’a songé à me dire, durant ce débat, ni que le film faisait l’apologie du djihadisme ni que les djihadistes n’avaient “rien à voir” avec l’Islam.
A force de ne pas vouloir nommer les choses clairement, a force de prendre l’ensemble des Français pour des imbéciles à qui l’on dicte ce qu’ils doivent voir et comprendre, sous prétexte de “protection de la jeunesse”, c’est le contraire de ce qui est souhaité qui se passe.
La France est considérée par l’Etat Islamique comme le “maillon faible” et c’est le pays occidental qui a eu le plus à subir d’attentats depuis deux ans. Mais surtout notre pays donne l’impression de ne plus croire en ses valeurs. Comme s’il craignait que son modèle politique ne fasse pas le poids face à cette idéologie.
Qu’est-ce qu’un pays -si l’on suit la logique gouvernementale- qui croit qu’une partie de sa jeunesse succombera à 70 minutes de propos islamistes et partira sur-le-champ faire le djihad? Est-ce un pays qui croit en lui? Non.
C’est bien là le problème.
On a vu comment le gouvernement de Manuel Valls est tombé dans le piège que lui tendaient les Frères Musulmans sur la question du burkini. Au lieu de traiter la provocation comme elle devait l’être, avec mépris, ce furent coups de menton et mouvements d’autorité absurdes, à des fins électoralistes, juste pour se montrer plus “ferme” que la droite dure. Résultat: la France est devenue la risée du monde et les frères Musulmans sont parvenus à leurs fins en démontrant à beaucoup de Musulmans que l’”islamophobie” était en pleine expansion.
De la même façon, on a créé, à grands renforts de subventions de pseudo-centres de “déradicalisation”, dont l’éfficacité non seulement est plus que sujette à caution mais avec lesquels, surtout, on essaie de faire croire que l’administration de médicaments ou d’électrochocs transformera subitement de vrais djihadistes en de doux agneaux.

Dans un film récent, Le Ciel Attendra, porté aux nues par notre Ministre de l’Education, le déni est à son apogée: les jeunes apprenties-djihadistes sont des catholiques fraîchement converties, traumatisées par la mort de leurs grands-parents, qui tentent de partir en Syrie sans que l’Islam n’y ait rien à voir.
En prétendant il y a quelques mois qu’essayer de “comprendre” le djihadisme, c’était déjà le justifier, notre ex-Premier ministre, Manuel Valls, s’est non seulement fourvoyé, car, même pour combattre un ennemi, il vaut mieux essayer de le comprendre, mais lui-même s’est jeté comme un affamé sur des explications. Après avoir essayé de tout expliquer des raisons par des causes sociales, on en est aujourd’hui à tenter d’évacuer l’Islam des raisons du terrorisme et à dire que l’Islam n’a jamais porté en lui aucune violence.
Or, faut-il le rappeler, le salafisme est un mouvement mondial, qui touche pas loin de 15% des populations arabes sunnites, sans parler des autres musulmans dans le monde, et qui n’a donc rien de franco-français, mais ce sont les mêmes idées -car, oui, il s’agit bien d’idées- qui sont en vigueur, à Mossoul, à Raqqa, dans les alentours de Kaboul ou au Nord-Mali, et ce n’est pas en refusant de dire que c’est une tendance de l’Islam que l’on s’en sortira. Pas plus qu’en prétendant que tous les djihadistes sont des imbéciles, qu’ils n’ont jamais lu un livre et qu’ils n’ont rien compris.

Le débat doit s’ouvrir au sein de l’Islam -c’est déjà le cas ailleurs- en France aussi et ce n’est pas en “organisant” les Musulmans de France, mieux ou plus mal que ne l’a fait Nicolas Sarkozy il y a quelques années, que l’on avancera.
Mesdames et Messieurs du gouvernement, profitez de l’occasion qui vous est donnée par l’arrivée d’un nouveau Premier Ministre et permettez aux Français de voir “Salafistes” à la télévision, comme cela était prévu sur France Télévisions, en y organisant un débat avec les meilleurs spécialistes. Cela éclairera ces Français qui ont envie de savoir, ces Français que nous avons rencontré au cours de plus de 120 projections à travers la France et qui étaient heureux de comprendre ainsi un peu mieux les choses.
Aucun d’entre eux ne nous a jamais dit que notre film faisait l’apologie du djihadisme. Bien au contraire.

François Margolin – Figarovox

 

Partager