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Retour sur l’été 1976…

Retour sur l’été 1976…

La France, tout au long de son histoire, a connu son lot de catastrophes : grande peste de 1720 à Marseille, épidémie de choléra en Provence sous Louis-Philippe, toile de fond du roman de Giono Le Hussard sur le toit… Dans quarante ans, on imagine, malheureusement, ce qu’on pourrait retenir de cet été de l’an 2016.

Dans le dernier quart du siècle passé, c’est la sécheresse de l’été 76 qui a marqué nos mémoires. Une canicule avec, notamment, des conséquences désastreuses pour notre agriculture : bétail crevant de faim, flambée des prix des fruits et légumes… L’armée est même réquisitionnée pour livrer du fourrage dans les campagnes et – génie français oblige – un impôt sécheresse est levé : en fait, une majoration de l’impôt sur le revenu pour deux millions de contribuables.

Mais l’été 76, dans la troisième année du règne d’un Giscard d’Estaing qui a renoncé à la jaquette et fait résolument entrer la France dans la modernité à coups de dîners chez le bon peuple, de droits à l’avortement et au regroupement familial (par un décret d’avril, encore tout chaud), c’est aussi bien d’autres événements.

Jacques Chirac est Premier ministre et n’en peut plus d’être l’huissier du Président – le mot « collaborateur » n’a pas encore retrouvé tous ses droits civiques ! – et se prépare à démissionner : c’est chose faite le 25 août, estimant ne pas disposer des moyens nécessaires pour assumer efficacement ses fonctions. Une décision qui, en toute logique, nous amène à penser qu’aujourd’hui, nos ministres doivent disposer pleinement de ces fameux moyens, puisqu’ils ne démissionnent plus… Raymond Barre remplace Jacques Chirac et cumule les fonctions de ministre de l’Économie et des Finances. Une première sous la Ve République.

La France étant faite de paradoxes, en cette année de sécheresse, le 14 Juillet se déroule sous la pluie. Après une parade militaire entre la Bastille et la République en 1974, sur le cours de Vincennes en 1975, retour sur les très classiques Champs-Élysées. Le changement – la marque de fabrique du giscardisme flamboyant – s’exprime alors par le défilé au grand complet d’une brigade mécanisée, démonstration de force d’une armée conçue pour faire face à la menace soviétique.

Raymond Poulidor, âgé de 40 ans, court son quatorzième et dernier Tour de France, un Tour qui s’achève le 18 juillet et, pour la deuxième fois, sur ces Champs-Élysées que les armées, donc, avaient désertés deux ans de suite. L’éternel second termine troisième au classement général, sans jamais avoir porté le maillot jaune. Mais, aujourd’hui encore, on se souvient de Poupou, pas du vainqueur du Tour 76 !

Après avoir ordonné 13 prêtres, le 29 juin à Écône en Suisse, le 29 août, Mgr Lefebvre, archevêque-évêque émérite de Dakar et Tulle, célèbre à Lille une messe solennelle dans le rite de saint Pie V devant presque 8.000 fidèles, bravant l’interdiction d’une Église en mal de progrès. En 68, il était pourtant interdit d’interdire ! Comme quoi, en cette époque, on n’arrête pas le progrès : en 1969, on avait marché sur la lune ; en 1976, on marche sur la tête. Déjà.

Avec le tube de l’été, importé d’Espagne, Porque te vas – Parce que tu pars -, les transistors sur nos plages font oublier que, huit mois plus tôt, dans l’appareil grandiose des funérailles d’antan, le Caudillo était parti pour s’en aller rejoindre la vallée de Los Caídos, entouré de dames en mantille, de lanciers et de prélats tout de violet vêtus. Avec cet air au tempo de reggae, l’Espagne change d’ère et entre par anticipation dans l’Europe. En France, on joue « La Marseillaise » sur le rythme de « God Save the Queen ». C’était le bon temps !

Georges Michel – Boulevard Voltaire

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