Le prince de Cochinchine

Le prince de Cochinchine

Anne Bernet revient sur la série de romans de Jean François Parot : Nicolas le Floch, et plus particulièrement sur le dernier volume : Le prince de Cochinchine ainsi que sur La Mandragore du Boucher de Michael Dor. Le premier livre est sorti en 2000 et une adaptation cinématographique est en cours depuis 2008. L’auteur a choisi de mettre en scène un jeune homme, royaliste, dont l’attachement à ses valeurs ne déçoit pas les lecteurs au fil des tomes. La série est intéressante tant pour les valeurs du héro que pour la période historique et l’ambiance.  Dans le livre de Michael Dor le héro est un prêtre, qui se retrouve enquêteur après avoir assisté aux derniers instants d’une femme morte dans des circonstances troubles. Une belle réussite pour ce prêtre-auteur après sa passionnante série : La porte des anges.

Quiconque lit beaucoup de polars, – c’est mon cas car dans le TGV, trop souvent emprunté en raison de déplacements professionnels, je suis incapable, en raison du chahut ambiant, de me plonger dans des ouvrages plus sérieux … – , sait que les meilleurs maîtres du genre sont aussi les derniers vrais moralistes de nos littératures. Ne manque souvent, à la peinture des vices et des crimes, que la reconnaissance de la nature du Mal, et la présence divine.

Encore faut-il remarquer que l’une des séries de romans policiers historiques les plus brillantes, et les plus populaires, du moment, celle des enquêtes de Nicolas Le Floch, met en scène un héros incontestablement catholique et royaliste, et se revendiquant pour tel, ce qui, à l’évidence, ne tardera pas à lui causer des ennuis lorsque les prochains volumes, inexorablement, nous amèneront à l’époque révolutionnaire …

Jean-François Parot, qui poursuit la série depuis bientôt quinze ans, a délibérément fait le choix d’un tel personnage. Nicolas Le Floch, à l’origine pauvre orphelin breton qui se découvrira au fil de l’histoire unique héritier de l’illustre Maison de Ranreuil, puis, par sa mère, descendant de Louis XIV, ne se laissera jamais toucher par les idées des Lumières et, quoiqu’il respecte les convictions de ses proches et de ses amis, rien ne déracinera la foi de son enfance, ni sa fidélité au trône. Jean-François Parot, dans le dernier volume récemment paru, Le prince de Cochinchine (Lattès. 445 p. 19 €) pousse même l’audace jusqu’à lui faire décliner les offres maçonniques qui lui sont faites, ouvertement cette fois. À l’évidence, ce pauvre Nicolas, quoiqu’il mesure le péril, ne deviendra jamais opportuniste.

Si ce volume comporte tous les éléments qui ont fait le succès de la série : qualité de l’intrigue, admirable connaissance du contexte historique, reconstitution minutieuse de la société du XVIIIe siècle finissant, et un groupe de personnages récurrents, dont font d’ailleurs partie Louis XVI ou sa tante carmélite, Madame Louise, très attachant, il faut y ajouter l’éclairage apporté à un événement peu connu, l’ambassade envoyée en 1787 au roi de France par l’empereur de Cochinchine, Nguyen Anh, futur Gia Long.

Engagé dans une guerre civile féroce qui voyait s’affronter plusieurs branches de la dynastie impériale, Nguyen Anh, sur le conseil d’un missionnaire français, Mgr Pigneau de Béhaine, décida de réclamer l’aide de Louis XVI. L’ambassade, conduite par l’évêque qui amenait avec lui le prince Canh, héritier du trône vietnamien, arriva au pire moment, alors que confronté à la crise financière consécutive à l’intervention en Amérique, acculé à convoquer les états généraux, le Roi se trouvait dans l’incapacité d’apporter au souverain asiatique l’aide militaire qu’il réclamait.

Il est loisible de s’interroger sur ce qui serait arrivé si Louis XVI avait pu secourir Nguyen Anh, se méritant sa reconnaissance et amenant, peut-être, la conversion du souverain, puis celle du pays, au catholicisme … Il n’en alla pas ainsi.

Parot, qui fut ambassadeur au Vietnam, et rapatria, comme il le rapporte en préambule, la dépouille de Mgr Pigneau de Béhaine, alors que les communistes s’apprêtaient à détruire sa sépulture, s’attirant au passage la fureur des MEP, a brodé à loisir autour de l’épisode, et de Mgr Pigneau, dont il a, au demeurant, fait le camarade de jeunesse du pieux Nicolas.

Victime d’un double attentat alors qu’il séjournait en Bretagne, Nicolas Le Floch, rappelé d’urgence à Paris, sitôt arrivé, embastillé sous une accusation de meurtre …

Veut-on, une fois de plus, écarter de Louis XVI l’un des seuls hommes capables de l’aider à faire face aux dangers qui cernent désormais le couple royal ? Ou de lui interdire de porter assistance à Mgr Pigneau de Béhaine, désormais évêque d’Adran en Cochinchine ? Qui menace la sécurité du petit prince placé sous la protection du prélat, et qui a osé s’emparer du sacro-saint sceau de Cochinchine, symbole de la légitimité royale, dont l’évêque était le gardien ?

Le Floch, cible de triades asiatiques, de sbires bataves, d’agents anglais, aura fort à faire pour démêler l’un des pires imbroglios de sa carrière. Heureusement, il lui reste les lumières de la foi, et il ne se cache jamais d’y recourir. Non sans succès !

Le marquis de Ranreuil est un pieux laïc, l’enquêteur mis en scène par l’abbé Michael Dor dans La mandragore du boucher (Salvator. 330 p. 20 €), Nicolas Stock, est prêtre, et accessoirement, champion de judo. Cela peut toujours servir …

Un triste jour de novembre, l’abbé Stock, aumônier de l’EHPAD de Romainvillers, commune sinistrée de Lorraine, est appelé au chevet de Frida Schmitt, une très vieille dame à l’agonie. Lui qui a assisté bien des mourants reste troublé par l’attitude de cette femme, en proie à un étrange délire, et par de mystérieuses traces de boue dans la chambre, comme si des inconnus avaient pénétré nuitamment par la fenêtre …

Le docteur Roubillon, médecin agnostique, bedonnant et trop porté sur la boisson, n’est pas moins étonné que le prêtre ; il est convaincu que l’on a administré une drogue à Mme Schmitt et qu’elle en est morte. Quelques analyses plus tard, ces soupçons se trouvent confirmés : la patiente est morte d’une surdose de mandragore, puissant et archaïque sérum de vérité. Mais qui était au vrai cette femme étrange et solitaire redoutée des autres pensionnaires qui la traitaient de sorcière ?

Décidés à retrouver les meurtriers de Frida, les deux hommes se lancent dans une quête qui les entraînera sur les traces des magiciens du IIIe Reich, maîtres de la pierre noire, en quête du Vril, le légendaire soleil noir caché dans les entrailles de la terre éclairant le royaume de Thulé … Incrédules, le prêtre et le médecin vont découvrir, à leurs risques et périls, que ces croyances aberrantes ont retrouvé des adeptes, aussi dangereux que les précédents …

Prêtre près de Metz, l’abbé Dor est spécialiste des courants ésotériques, ce qui donne à ce roman une incontestable véracité, qu’il s’agisse de peindre le quotidien d’un curé débordé ou les arcanes de sociétés secrètes.

En dépit de quelques longueurs, voilà un roman qui se laisse lire agréablement et donne envie de connaître la suite des aventures de l’abbé Stock, évangélisateur de choc.

 

Lu sur L’Homme nouveau

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