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La peur de l’islamophobie fait des ravages!

La peur de l’islamophobie fait des ravages!

L’une des premières victimes collatérales des attentats de 2015 est l’université française. Alors que les sciences humaines et sociales sont concernées au premier chef pour fournir les clés d’interprétation du phénomène terroriste d’une ampleur inouïe qui a frappé l’Hexagone, les institutions universitaires sont tétanisées par l’incapacité à penser le jihadisme dans notre pays. Cela provient pour une part d’une politique désinvolte de destruction des études sur le monde arabe et musulman. (…) Mais cela provient aussi d’un interdit idéologique : entre le marteau de la «radicalisation» et l’enclume de «l’islamophobie», il est devenu très difficile de penser le défi culturel que représente le terrorisme jihadiste, comme une bataille à l’intérieur même de l’islam au moment où celui-ci est confronté à son intégration dans la société française.

«Radicalisation» comme «islamophobie» constituent des mots écrans qui obnubilent notre recherche en sciences humaines. Le premier dilue dans la généralité un phénomène dont il interdit de penser la spécificité – fût-ce de manière comparative. Des Brigades rouges et d’Action directe à Daech, de la bande à Baader à la bande à Coulibaly ou Abaaoud, il ne s’agirait que de la même «radicalité», hier, rouge, aujourd’hui, peinturlurée du vert de l’islamisation. Pourquoi étudier le phénomène, apprendre des langues difficiles, mener l’enquête sur le terrain dans les quartiers déshérités où les marqueurs de la salafisation ont tant progressé depuis trente ans, puisqu’on connaît déjà la réponse ? Cette posture intellectuelle, dont Olivier Roy est le champion avec son slogan de «L’islamisation de la radicalité», connaît un succès ravageur car elle conforte la doxa médiatico-politicienne dans son ignorance de la réalité sociale et son arrogance intellectuelle – toutes deux suicidaires. Le corollaire de la dilution du jihadisme dans la radicalisation est la peur de «l’islamophobie» : l’analyse critique du domaine islamique est devenue, pour les nouveaux inquisiteurs, haram – «péché et interdit». On l’a vu avec l’anathème fulminé lors du procès en sorcellerie intenté au romancier algérien Kamel Daoud pour ses propos sur les violences sexuelles en Allemagne, par une douzaine de chercheurs auxquels le même Olivier Roy vient d’apporter sa caution (1).

Le rapport que vient de publier le président du CNRS sous le titre «Recherches sur les radicalisations» participe de la même démarche. On aurait pu s’attendre, de la part d’une instance scientifique, à une définition minimale des concepts utilisés. Il n’en est rien. Le postulat des «radicalisations» est à la fois le point de départ et d’arrivée d’un catalogue des publications et des chercheurs où la pondération des noms cités montre, sans subtilité, le parti pris idéologique des scripteurs. (…)

Cette prénotion-ci est d’origine américaine. Diffusée après les attentats du 11 septembre 2001, elle prétendait rendre compte des ruptures successives du «radicalisé» par rapport aux normes de la sociabilité dominante. Les analyses qui s’en réclament partent du même postulat propre à la société libérale – celui d’un individu abstrait, sans qualités, atome détaché de tout passé et de tout lien social. (…)

Venus d’outre-Atlantique et hâtivement mariés par une partie de la recherche universitaire française généraliste et ignorante de la langue arabe elle aussi, le couple «radicalisation – islamophobie» empêche de penser la manière dont le jihadisme tire profit d’une dynamique salafiste conçue au Moyen-Orient et porteuse d’une rupture en valeurs avec les sociétés européennes. L’objet «islamophobie» complète le dispositif de fermeture de la réflexion, car son objectif vise à mettre en cause la culture «blanche néocoloniale» dans son rapport à l’autre – source d’une prétendue radicalité – sans interroger en retour les usages idéologiques de l’islam. Il complète paradoxalement l’effort de déconstruction de la République opéré par les religieux salafistes, main dans la main avec les Indigènes de la République et avec la bénédiction des charlatans des «postcolonial studies» – une autre imposture qui a ravagé les campus américains et y a promu l’ignorance en vertu, avant de contaminer l’Europe.

Quelle alternative, face au défi jihadiste qui a déclenché la terreur dans l’Hexagone ? Le premier impératif est, pour la France, de prendre les études du monde arabe et de sa langue au sérieux. (…) Pourtant, c’est en lisant les textes, et en effectuant des enquêtes de terrain dans les langues locales que l’on peut mettre en perspective les événements des décennies écoulées, comprendre comment s’articulent les mutations du jihadisme, depuis le lancement américano-saoudien du jihad en Afghanistan contre l’URSS en 1979 jusqu’à la proclamation du «califat» de Daech à Mossoul en 2014, avec celles de l’islam en France, puis de France. Repérer les articulations, les charnières, comme cette année 2005 où Abou Moussab al-Souri publie son «Appel à la résistance islamique mondiale» qui érige l’Europe, ventre mou de l’Occident, en cible par excellence du jihad universel, et où les grandes émeutes de l’automne dans les banlieues populaires permettent, à côté de la participation politique massive des enfants de l’immigration musulmane, l’émergence d’une minorité salafiste visible et agissante qui prône le «désaveu» (al bara’a) d’avec les valeurs de l’Occident «mécréant» et l’allégeance exclusive (al wala’) aux oulémas saoudiens les plus rigoristes. Analyser les modes de passage de ce salafisme-là au jihadisme sanglant, qui traduit en acte les injonctions qui veulent que le sang des apostats, mécréants et autres juifs soit «licite» (halal).

A cette fin, toutes les disciplines doivent pouvoir contribuer – à condition d’aller aux sources primaires de la connaissance, et non de rabâcher des pages Wikipédia et des articles de presse. Les orientalistes, médiévistes comme contemporanéistes, les sociologues, les psychologues et cliniciens, les historiens, les anthropologues, mais aussi les spécialistes de datascience ont devant eux un champ immense à défricher – qui ne concerne pas seulement l’étude des ennemis de la société qui ont ensanglanté la France, mais aussi l’étude de la société même dont les failles ont permis à ces derniers de s’y immiscer et d’y planter leurs racines. Il est temps d’en finir avec la royale ignorance qui tétanise les esprits et fait le jeu de Daech.

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Delit D'images
3 Commentaires
  • L'Imprécateur

    Qui a écrit ce texte?

    17 juillet 2016 à 11 h 33 min
    • Delit D'images

      Cliquez sur la source.

      17 juillet 2016 à 12 h 05 min
  • Dédé Julien

    A considérer, suite aux derniers évènements.
    Le Shoe Bomber était un Musulman.
    Les Beltway Snipers étaient Musulmans.
    Le tireur de Fort Hood était un Musulman.
    Les terroristes du train de Madrid étaient Musulmans.
    Les terroristes du Bali Night-club étaient Musulmans.
    Les terroristes du métro de Londres étaient Musulmans.
    Les terroristes du théâtre de Moscou étaient Musulmans.
    Les terroristes du marathon de Boston étaient Musulmans.
    Les terroristes du vol Pan-Am # 93 étaient Musulmans.
    Les terroristes du vol Air France à Entebbe étaient Musulmans.
    La prise de l’ambassade Iranienne, c’était encore des Musulmans.
    Les terroristes de l’ambassade américaine à Beyrouth étaient Musulmans.
    La prise de l’ambassade Lybienne : des Musulmans.
    Les terroristes suicidaires de Buenos Aires étaient Musulmans.
    Les attaquants contre l’équipe olympique israélienne étaient Musulmans.
    La prise de l’ambassade américaine au Kenya : des Musulmans.
    Les terroristes saoudiens contre les tours Khobar étaient Musulmans.
    Les terroristes de la caserne navale de Beyrouth étaient Musulmans.
    Les terroristes de l’école russe Besian étaient Musulmans.
    Les premiers terroristes des World Trade Center étaient Musulmans.
    Les terroristes de Bombay et Mumbai en Inde étaient Musulmans.
    Les terroristes de l’Achille Lauro étaient Musulmans.
    Les terroristes des avions du 11 septembre 2001 étaient Musulmans.
    Le décapiteur d’Oklahoma City était Musulman.
    Les terroristes de Charlie Hebdo étaient Musulmans.
    Le terroriste de l’Hyper Cacher était Musulman.
    Les terroristes du Bataclan étaient Musulmans.
    (Et j’en oublie probablement plusieurs autres).
    Sachez que:
    Les Hindous vivent avec les Chrétiens : Pas de problème
    Les Hindous vivent avec les Juifs : Pas de problème
    Les Chrétiens vivent avec des Shintos : Pas de problème
    Les Shintos vivent avec les Athéistes : Pas de problème
    Les Athéistes vivent avec les Confucianistes : Pas de problème
    Les Confucianistes vivent avec les Hindous : Pas de problème
    Musulmans vivant avec Hindous : Problème
    Musulmans vivant avec Bouddhistes : Problème
    Musulmans vivant avec Chrétiens : Problème
    Musulmans vivant avec Juifs : Problème
    Musulmans vivant avec Sikhs : Problème
    Musulmans vivant avec Shintos : Problème
    Musulmans vivant avec Athéistes : Problème
    MUSULMANS VIVANT AVEC MUSULMANS : BIG PROBLEMES !
    Jihad Islamique: une organisation terroriste islamique
    ISIS (DAESH): une organisation terroriste islamique
    Al-Qaida: une organisation terroriste islamique
    Taliban: une organisation terroriste islamique
    Hamas: une organisation terroriste islamique
    Hezbollah: une organisation terroriste islamique
    Boko Haram: une organisation terroriste islamique
    Al-Nusra: une organisation terroriste islamique
    Abu Sayyaf: une organisation terroriste islamique
    Al-Badr: une organisation terroriste islamique
    Frères Musulmans : une organisation terroriste islamique
    Lashkar-e-Taïba: une organisation terroriste islamique Palestine
    Palestine Libération Organisation : une organisation terroriste islamique
    Ansaru: une organisation terroriste islamique
    Jemaah Islamiyah: une organisation terroriste islamique
    Abdullah Azzam Brigades : une organisation terroriste islamique
    Sauf erreur et omission bien sûr !
    Ceci est le monde dans lequel nous vivons où l’on nous répète que tout ceci n’a rien à voir avec l’Islam qui est une religion de paix !
    On se fout de la gueule de qui, là ?

    17 juillet 2016 à 13 h 54 min
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