Le péril jaune serait-il de retour?

Le péril jaune serait-il de retour?

Par essence, les « libéraux », tout du moins les nôtres, de français – à savoir les porte-serviette de leurs mentors anglo-saxons – ont oublié que l’Histoire pouvait aussi se montrer tragique. Sans tomber dans les clichés, la « main invisible du marché » ne saurait donc, à elle seule, résoudre aléas et vicissitudes de notre vaste monde, même si glissée dans la culotte de Jeanne d’Arc.

À ces thuriféraires d’une planète ayant vocation à devenir « marché global », censée se réguler toute seule comme une grande, ce possible antidote consistant en la lecture du dernier numéro du Point, hebdomadaire revendiqué du « libéralisme » ?

Un plein et copieux dossier consacré à la Chine, donc. Et, en introduction, ce passionnant entretien accordé par Michael Pillsbury, directeur du Centre de stratégie chinoise au Hudson Institute, dans lequel on en apprend beaucoup sur le projet multimillénaire d’une Chine qui, malgré ses aléas maoïstes, entend devenir à terme la première puissance économique au monde. Puissance censée se limiter à n’être que « l’atelier du monde » ? Non. Le projet en question, Le Rêve chinois, essai signé Liu Mingfu ((刘明福), militaire chinois murmurant depuis longtemps à l’oreille des nouveaux maîtres de l’empire du Milieu, est autrement plus politique.

Ainsi, Michael Pillsbury dixit : « La stratégie des Chinois dérive largement des leçons de la période des Royaumes combattants (du Ve siècle à 221 avant notre ère, quand la dynastie Qin s’impose). C’est incroyable ! Les généraux chinois connaissent par cœur les ruses et tromperies de sept grands royaumes, leur stratégie pour s’étendre, éliminer leurs rivaux, les coalitions pour s’imposer… » Inquiétant, non ?

Le meilleur demeure à venir :

« En m’appuyant sur les témoignages de transfuges, j’ai commencé à lire des essais de militaires qui tirent de cette période une série de tactiques : entretenir chez l’adversaire un sentiment de sécurité et d’autosatisfaction, manipuler ses conseillers, piller ses idées et sa technologie, se montrer patient, être vigilant pour éviter d’être encerclé, peut-être la plus grande peur des Chinois… »

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Une peur qui n’empêche pas de mieux se glisser dans la cervelle du concurrent occidental. Qu’on en juge :

« Les Chinois semblent fascinés par la transformation des USA en superpuissance. Ils étudient comment leurs politiques commerciales et industrielles leur ont permis de dépasser l’Angleterre et l’Allemagne. […] Comment les USA ont réussi à endormir les Anglais, comment ils leur ont volé leurs brevets…

Résultat de cette politique devant plus au jeu de go qu’à celui des échecs, toujours à en croire Michael Pillsbury :

« Pékin a développé un système sophistiqué pour tromper le monde extérieur. Il a persuadé l’Ouest que son ascension serait pacifique et ne se ferait pas au détriment d’autres pays, que la Chine serait une nation arriérée qui avait besoin d’aide. »

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La vérité est que la Chine raisonne sur le temps long, alors que ce qui demeure de l’Occident ne parvient qu’à raisonner sur le temps court. Myopie politique poussant l’Europe à se focaliser sur des dangers conjoncturels – l’islamisme de combat – alors que les périls structurels sont de plus en plus cruciaux : le principal étant la domination du Vieux Continent par « l’ami » américain, dont les bases militaires n’ont cessé de s’implanter en Europe, au fur et à mesure que s’évanouissait le fantoche du péril soviétique. Tout en sous-estimant l’expansionnisme chinois qui ne saurait longtemps se résumer au XIIIe arrondissement parisien…

Toujours dans Le Point, cet entretien des plus éclairants, accordé par le Liu Mingfu plus haut évoqué :

« J’aime les Français. J’admire chez vous Louis XIV, Napoléon et le général de Gaulle. Ces trois dirigeants qui ont osé défier les puissances anglo-saxonnes. Aujourd’hui, il faut suivre leur exemple… »

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Pour cela, peut-être faudrait-il que notre Europe soit autre chose qu’un vaste espace de libre-échange ouvert aux quatre vents, fussent-ils contraires…

 

Nicolas Gauthier – Boulevard Voltaire

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