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Paul Ier, le «Hamlet russe»

Paul Ier, le «Hamlet russe»

(Photo: ru.wikipedia.org)

La vie de l’empereur Paul Ier (1754 -1801) est faite d’énigmes, y compris les circonstances de sa naissance. Les courtisans chuchotaient entre eux que le vrai père de Paul n’était pas l’empereur Pierre III mais le favori de la Grande Catherine, le comte Saltykov. L’empereur était au courant de ses ragots et en avait le cœur gros.

Paul a régné de 1796 à 1801 et a été destitué et assassiné à la suite d’un complot monté par les officiers de la garde et les hauts fonctionnaires. Après cela, on préférait ne plus parler de lui ou on tendait à présenter ses défauts, comme son irascibilité et son inconséquence, sous une forme caricaturale. Certes, Paul n’était pas du tout un souverain idéal mais il était rare qu’un souverain fût jugé avec un tel parti pris tant de son vivant qu’après sa mort. Doté d’une santé fragile, nerveux et soupçonneux, Paul ne jouissait pas des faveurs de sa mère impératrice. Catherine II avait même voulu à un moment priver son fils du droit au trône et remettre les rennes du pouvoir à son petit-fils Alexandre. Mais Paul monta quand même sur le trône après 34 ans de règne de sa mère.

Thuriféraires, les historiens de la cour ont surnommé le règne de Catherine II « Age d’or de la Russie ». La réalité était plus complexe. La situation aux frontières et à l’intérieur du pays n’incitait guère à l’optimisme et le trésor était vide. Arrivé au pouvoir, Paul s’appliqua à faire régner l’ordre comme il l’entendait. Gâtée par Catherine, l’aristocratie prit l’empereur exigeant en grippe. Paul prenait lui-même toutes les décisions en dédaignant ostensiblement les dignitaires. L’empereur déclarait avec superbe : « N’est grand en Russie que celui à qui je parle et pendant que je lui parle ». Mais les décisions prises par Paul étaient souvent impulsives. Il pouvait se rapprocher de quelqu’un, le combler de ses faveurs et puis, tout d’un coup, le priver de tout et l’envoyer en prison ou en exil. Il concevait aussi des réformes d’envergure et se gaspillait en futilités comme l’interdiction de porter des chapeaux ronds français imposée à ses sujets. La politique extérieure du tsar était tout aussi impulsive : tantôt il faisait la guerre à la France en alliance avec l’Angleterre, tantôt se réconciliait avec elle et déclarait la guerre aux Anglais. Pour défier les Britanniques, Paul ordonna de faire marcher sur l’Inde 40 régiments de cosaques rappelés après sa mort. Il est facile d’imaginer le nombre d’ennemis que pouvait avoir un tel gouvernant et comme l’histoire est écrite par les vainqueurs, on comprend parfaitement pourquoi l’empereur destitué par ses sujets apparaît sous les traits d’un bouffon.

Mais cette image caricaturale est bien loin de la vraie personnalité de Paul qui était une âme noble et pleine de compassion. Il créa des écoles pour les enfants orphelins des classes laborieuses, nantit de terres les anciens combattants et limita les corvées à trois jours par semaine. A la différence des aristocrates, les gens du commun aimaient l’empereur et lui témoignaient du respect.

Paul pressentait que sa vie allait se terminer tragiquement. Un jour, il raconta à sa femme une histoire étrange. Paul vit en songe l’ombre du grand tsar réformateur Pierre Ier. Pareillement à l’ombre du père d’Hamlet, le fantôme le prévint qu’il ne lui restait plus longtemps à vivre. Certains historiens surnomment d’ailleurs Paul le « Hamlet russe ». Le sujet de la pièce de Shakespeare rappelle réellement l’histoire de Paul dont le père, l’empereur Pierre III, fut assassiné au vu et au su de sa mère Catherine II, alors que lui, héritier légitime, fut écarté du pouvoir et envoyé à l’étranger.

Le sort de Paul fut aussi tragique que celui d’Hamlet. A la veille de sa mort violente, l’empereur qui se rendait dans sa chambre, s’attarda devant un miroir. « C’est drôle, je me vois avec le cou tordu », prononça-t-il. Il sera étranglé par les conspirateurs quelques heures plus tard dans sa chambre.

La mort surprit l’empereur dans son palais, le Château Saint-Michel dont le portail est orné d’une inscription en caractères de bronze. Elle renferme 47 lettes, le nombre exact d’années vécues par Paul qui régna pendant 4 ans, 4 mois et 4 jours. A la mort de Paul, la cour impériale quitta à tout jamais le Château Saint-Michel. La dernière demeure du « Hamlet russe » est de nos jours une filiale du Musée Russe, dépositaire unique des trésors d’art.

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