Paris n’est qu’un songe

Paris n’est qu’un songe

Bientôt l’été et la saison des coquetèles. Installez-vous sur une terrasse ombragée dans une rue peu fréquentée. Commandez un Spritz façon Carré Monti à Rome (amitiés à Pierre, Sébastien et Chiara). Ajoutez un zeste de Marcel Aymé, saupoudrez d’Alain Paucard et enfin pour l’équilibre, deux-trois gouttes de Lorant Deutsch. Dégustez avec (ou sans) modération et laissez-vous surprendre. Une façon comme une autre de résumer l’esprit de cet ouvrage, tout aussi ludique que prenant, par son intrigue bien ficelée et rondement menée. En moins de cent pages, petit format, les Editions Incipit proposent ainsi aux auteurs de sa collection, de redonner vie à une « première fois » historique et d’en réaliser un objet littéraire personnel. Pour Nicolas d’Estienne d’Orves, ce sera la percée du métro et son inauguration au public le 19 juillet 1900 à 13 heures.

L’auteur, ô combien facétieux, ne nous est pas inconnu (né en 1974, écrivain et journaliste, avec une vingtaine d’ouvrages à son actif, Paris y occupe une place essentielle). Othon ou l’aurore immobile a reçu le prix Roger Nimier 2002 ; Les Orphelins du Mal, a été traduit en treize langues ; Les Fidélités successives a reçu le prix Cazes-Lipp 2012. Son récent Dictionnaire amoureux de Paris a scellé sa passion pour la capitale, et a reçu le prix Rabelais 2016.

Mais revenons à nos trois auteurs précédemment cités. Marcel Aymé pour le côté fantastique ; le héros réalise une machine qui lui permet de remonter le temps. Alain Paucard parce que Paris est un roman, mais aussi que Paris c’est foutu et que c’était mieux avant ! Et justement le personnage mis en scène est en guerre contre la laideur qui défigure un Paris outragé, vandalisé par ses édiles.

Quoi qu’il en soit, ce « justicier » va tout au long de l’histoire tenter d’éviter les pires souillures à la ville qu’il aime, quitte à liquider Pompidou dans son berceau pour nous éviter Jussieu et Beaubourg ou changer le destin de Malraux pour empêcher la Tour Montparnasse. Un « destin » français, comme il s’en amuse : Malraux devenu maire de sa commune pendant l’Occupation, les épurateurs le passent par les armes en 1944, non s’en avoir tondu sa femme et violé ses enfants ! Enfin Lorant Deutsch pour le côté didactique qui revient en fin de volume sur la construction du métro et le rôle prépondérant de Fulgence Bienvenüe.

Au-delà de ces considérations, il nous est proposé de nous interroger sur le sens de la vie, le hasard des destinées, et bien évidemment l’histoire. Est-elle « une fuite, un refus pour nier le présent. Une peur de l’avenir, un déni de modernité » ou « une porte creusée dans la paroi même du temps » ? L’histoire doit-elle déboucher sur la nostalgie ou vers l’avenir ? Vivre dans un passé fantasmé ou aller vers un futur inconnu ?

Patrick Wagner- Présent

  • Nicolas d’Estienne d’Orves, Paris n’est qu’un songe, Incipit, 2017, 89 pages, 12 euros.
Partager