Nos années folles (Bande-annonce)

Inspiré d’un fait divers ,  le scénario d’André Téchiné et de Cédric Anger conte les amours de Paul et Louise Grappe, lui déserteur de l’armée française, elle modiste. Paul sort des rangs en pleine première guerre mondiale et, pour échapper au peloton, se travestit. Il y prend goût et devient une figure du demi-monde.

Le nouveau film d’André Téchiné s’inspire d’un fait divers qui a fait couler beaucoup d‘encre dans les années 20.

Désertion, perversion, luxure, violence, tout est réuni pour faire scandale. En 1925, une incroyable histoire fait les beaux jours de la presse: un soldat déserteur de la Grande Guerre s’est pendant dix ans travesti en femme avec l’aide de son épouse pour échapper au peloton. Profitant de la loi d’amnistie, il laisse éclater au grand jour sa véritable identité, révélant alors que derrière Suzanne Landgard, la garçonne bien connue des nuits parisiennes et du bois de Boulogne, se cachait Paul Grappe. Trois ans plus tard, l’homme est assassiné par sa femme, complice puis victime de sa déchéance. C’est cette tragique histoire que le cinéaste André Téchiné fait revivre sur les écrans dans Nos années folles .(…)

 

Tout commence le 28 janvier 1925, quand Paul Grappe, ex Suzanne Landgard, après avoir revêtu ses habits d’homme, se présente à sa concierge ébahie au numéro 30 de la rue de Saussure à Paris. Il se rend ensuite devant les autorités militaires où «de sa voix flutée» raconte Le Petit Parisien du 5 février, il confie son histoire. Comment en 1915 il a été blessé, accusé de mutilation volontaire, blanchi en cour martiale puis menacé de retourner au front sur les lignes les plus meurtrières. Il a alors choisi la désertion. Caché auprès de son épouse, il s’est transformé peu à peu en femme:

«Mes cheveux étaient devenus très longs. Je les portai d’abord en chignon ou en natte puis, lorsque la mode changea, à la Ninon. J’avais fait disparaître ma moustache grâce à l’électrolyse et je m’étais contraint à changer ma voix et à lai donner cette tonalité élevée qu’elle garde encore aujourd’hui, par suite d’une longue habitude.»

Auprès du journal L’Intransigeant qui la rencontre, Suzanne/Paul multiplie les confidences là aussi de cette «voix extraordinaire aux inflexions câlines»:

«-Non, merci, je ne fume pas. Vous regardez ma chambre. Excusez le désordre. Mon histoire… Oui, c’est vrai, j’ai déserté; mais, sur la tête de ma mère, je vous jure que j’ai été réellement blessé par un éclat d’obus. J’ai failli être fusillé pour l’exemple. Le témoignage de camarades m’a sauvé. On a voulu m’envoyer aux zouaves dans un régiment sacrifié. C’est alors que j’ai déserté.»

Après avoir été cousette dans un atelier de bretelles, il s’est jeté dans une vie dissolue:

«Trente-deux francs par semaine, ce n’était pas gras pour vivre. Alors, que voulez-vous, je suis devenu “Suzanne, la Garçonne”. À Montmartre, à Montparnasse, j’ai fréquenté les boîtes de nuit. J’ai eu des amies et des amis. Voyez ces lettres… des propositions de mariage, même.

Et la peur d’être arrêté le tenaillait:

«J’ai croisé vingt fois ma mère qui me croyait en Russie, ou mort, suivi l’enterrement de ma grand’mère, à distance, le visage couvert par une voilette. Oui, j’ai déserté, mais j’ai douloureusement payé ma faute.»

Les souffrances du déserteur amnistié n’attendrissent pas tout le monde. Ainsi maître Dupont-Huin, ancien avocat, interpelle le 10 février le caporal Grappe dans l’Indépendant du Berry: devant le retour glorieux des troupes, «cachée dans la foule généreuse, derrière votre épaisse voilette, avez-vous eu Suzanne Landgard, une larme de remords?»

Et d’ajouter: «Oui, je comprends la grâce amnistiante pour le soldat un instant fautif, pour celui qui, dans la terrible mêlée, subit un moment d’égarement: pour ceux-là, elle s’imposait; mais pour le déserteur de 10 ans consécutifs, jamais!»

La polémique s’endort jusqu’au jour fatal du 22 juillet 1928, quand Louise, l’épouse fidèle et meurtrie, tire deux coups de revolver sur son époux devenu bourreau: «Mon mari était en velours noir, j’ai tiré dans le blanc!» confie-t-elle plus tard devant le juge lors de son procès le 19 janvier 1929.

Le Matin y consacre le lendemain un long article. La femme complice du déserteur est devenue la victime d’un homme violent et alcoolique qui lui a imposé sa vie débridée. Elle est également la mère suppliciée dont le fils est mort à l’hôpital alors qu’elle était détenue. À la défense, le célèbre avocat Maurice Garçon. Il transforme le procès de la meurtrière en celui de la victime, abjecte et sadique, qui aurait même torturé des chats! Il achève ainsi sa plaidoirie:

«Il ne reste plus rien à cette femme, si ce n’est le souvenir d’un monstre et l’image de son enfant mort. Ce n’est pas elle qui est coupable c’est Paul Grappe qui est l’assassin!»

Louise Grappe est acquittée après une brève délibération. Remariée, elle meurt en 1981 à près de 90 ans.

 

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