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Musée de l’Homme: “Nous et les autres, des préjugés au racisme” (Vidéo)

Musée de l’Homme: “Nous et les autres, des préjugés au racisme” (Vidéo)

Contribuables français, vous venez de financer cette exposition!

“La première partie invite le visiteur à comprendre comment s’élaborent identité et altérité et à prendre la mesure des processus de catégorisation, de hiérarchisation et d’essentialisation à l’œuvre dans la fabrique du racisme « ordinaire ». La scénographie immersive est articulée autour de deux espaces : le cylindre des catégories et la zone d’attente d’un aéroport avec ses portiques. Ces dispositifs expérimentaux permettent de mettre en évidence les différentes étapes qui conduisent au racisme.

CATÉGORISER L’AUTRE OU COMMENT APPRÉHENDER LA DIVERSITÉ DES INDIVIDUS

Un dispositif immersif : le cylindre des catégories

Au cœur d’un espace cylindrique sur les murs duquel sont projetées, à l’échelle 1, les images de vingt personnes, le visiteur plonge dans une diversité de visages, de silhouettes de femmes et d’hommes qu’il rencontre au quotidien dans la rue, dans les transports… Ces vingt personnages sont successivement catégorisés en fonction de trois critères de différenciation : physique (sexe, couleur de peau) – social (revenus, style vestimentaire) – religieux (croyance, pratique). L’objectif est de montrer que, pour ordonner le monde aux multiples visages dans lequel nous évoluons, nous avons tendance à classer les êtres humains dans des catégories.

Catégoriser, un processus cognitif universel

La catégorisation consiste à réunir dans des catégories des éléments que l’on considère de même nature. Ce mécanisme n’induit pas nécessairement de hiérarchie entre les catégories mais peut nous faire glisser vers une image toute faite et figée d’un individu, alors réduit à un stéréotype. Qu’il soit négatif ou positif, le stéréotype restreint les différentes facettes d’une personne à quelques traits de caractère partagés par tous ceux qui, comme lui, se voient arbitrairement rangés sous telle ou telle « étiquette ». Si catégoriser est un processus universel de notre fonctionnement cognitif, les catégories utilisées ne sont ni naturelles ni universelles. Chaque société construit les siennes et, selon le contexte socio-politique, valorise des critères de regroupement qui peuvent être religieux, culturels, sociaux ou liés à l’origine géographique.

Comment se définit-on ? Comment les autres nous voient ?

Au sortir du cylindre, le visiteur accède à un espace impersonnel, une salle d’attente d’aéroport dont il ne pourra sortir qu’en passant sous des portiques. Dans ce lieu anonyme où l’on se croise sans se connaître, des banquettes accueillent le public pour lui proposer, sur tablettes, des jeux multimédia adaptés de tests courants en psychologie sociale. Ainsi le visiteur prend conscience des mécanismes par lesquels chacun se définit au niveau individuel et collectif. Nous nous identifions souvent à notre groupe d’appartenance – que nous favorisons – et nous cherchons à nous différencier des autres.

Cet « ethnocentrisme » s’accompagne d’une propension à voir l’autre groupe comme un « tout », occultant la diversité des êtres qui le composent. Stéréotypes et préjugés prospèrent sur ce terreau. Ils peuvent conduire à traiter de manière hiérarchique et inégalitaire les individus ou groupes désignés comme différents de soi. Pourtant, qu’elles soient individuelles, sociales ou culturelles, nos identités ne sont ni figées ni immuables : elles sont multiples, se réinventent et évoluent en permanence.

À chacun de faire sa propre expérience et de choisir parmi les jeux et tests proposés

Trois séquences thématiques invitent le visiteur à découvrir de manière ludique et avec une touche d’humour :

  • Les identités plurielles mettant en évidence les différences entre l’identité assignée (la manière dont les autres nous voient) et l’identité choisie (la façon dont on se définit soi-même)
  • Les ressorts des préjugés à travers des tests montrant comment l’on intériorise le regard des autres (test de la « prophétie autoréalisatrice ») – comment l’on valorise son groupe à partir d’un critère minimal (test du « paradigme du groupe minimal »)
  • Des stéréotypes culturels. Quatre destinations ont été choisies : le Japon, les États-Unis, les Émirats et la Bretagne. À chacune sont associés des clichés soulignant le caractère réducteur des idées reçues sur les modes de vie des autres et des contre-images.

Les portiques matérialisent le processus d’essentialisation

Pour poursuivre le parcours de l’exposition le visiteur est obligé de franchir le portique de son choix. Son passage déclenche une ou plusieurs phrases faisant ressentir l’effet produit par l’essentialisation, c’est-à-dire le fait de voir sa personnalité réduite à une seule composante, d’être enfermé dans une catégorie étanche.

Ainsi, l’essentialisation érige entre les êtres humains des barrières invisibles.

Au cours de l’histoire, des individus ont été classés dans des catégories en fonction de leurs traits physiques.

À chaque catégorie ont été associés des caractères moraux, psychologiques ou comportementaux censés se transmettre de génération en génération. Aujourd’hui, l’essentialisation perdure sous une forme culturelle, fondée sur des critères comme la religion ou l’origine géographique. La culture est perçue comme fixe et monolithique, alors que les identités culturelles sont dynamiques et changeantes…

COMMENT S’EST CONSTRUITE L’IDÉE D’UNE PRÉTENDUE HIÉRARCHIE DES « RACES » ?

La rotonde déroule le fil de l’histoire des idées du 17e  au 19e siècle

Sur les parois d’un espace cylindrique, se font face, dans l’ordre chronologique, le contexte historique des conquêtes coloniales et la construction scientifique de la notion de « race ». Les dates clefs et les éléments portés à la connaissance des visiteurs sont appuyés par des documents iconographiques et par des objets. Trois bornes multimédia présentent, sous forme d’images et de récits, le contexte historique de l’esclavagisme et du colonialisme et la démarche scientifique.

Des esclaves aux indigènes : quand le droit entérine la suprématie des européens

Partis à la conquête du monde à la fin du 15e siècle, les Européens, entrant en contact avec des peuples « autres » par leur couleur de peau et leurs pratiques culturelles, vont justifier leur domination par la prétendue supériorité de la « race » blanche et édicter des règles pour asseoir leur suprématie.

C’est donc pour des raisons économiques et politiques que la distinction de couleur puis le racisme se développent peu à peu, dans le contexte de l’esclavagisme. Au 19e siècle, le colonialisme s’accompagne d’une racialisation des identités et se traduit par une privation des droits civiques. Le régime de l’indigénat est appliqué dans l’ensemble des colonies.

Aux citoyens français qui bénéficient des droits civiques et politiques, s’opposent des « sujets » désignés sous le terme « indigènes » et soumis à une législation discriminante : absence de droits politiques, restriction des déplacements, travail forcé.

À partir de la seconde moitié du 19e siècle, la science utilise la notion de « race » pour classer la diversité humaine. Dans ce contexte, classification devient synonyme de hiérarchie raciale. Forgée par les élites, des représentations inégalitaires des populations colonisées circulent et structurent dès lors les imaginaires.

Quand la science s’en mêle…

Des exemplaires de publications scientifiques majeures illustrent le rôle joué par la science dans la légitimation du discours raciste. Au 18e siècle, les naturalistes (Linné, Buffon) entreprennent de classer la diversité du monde vivant. L’anthropologie devient une discipline autonome au milieu du 19e siècle et ses représentants (Quatrefages, Paul Broca) se penchent sur la diversité de l’espèce humaine. Classifier ne signifie pas nécessairement hiérarchiser mais dans le contexte politique de l’esclavagisme puis de la colonisation, l’entreprise des scientifiques s’accompagne d’une dimension inégalitaire et essentialisante, les mesures de l’angle facial, de la forme du crâne ou du volume cérébral venant à l’appui de considérations culturelles. On attribue alors des capacités cognitives, des potentialités de développement, voire des valeurs morales en fonction des particularités biologiques constatées.

La hiérarchisation des « races » est théorisée par Joseph-Arthur Gobineau en 1853 dans son Essai sur l’inégalité des races humaines, auquel répondra en 1885 le Haïtien Joseph Anténor Firmin dans De l’égalité des races humaines, rare voix à s’élever contre l’idée alors largement répandue de l’infériorité des cultures non-occidentales dites primitives.

« Le processus de racialisation consiste à assimiler l’individu à un groupe homogène dont les caractéristiques sont figées, uniformisées et dévalorisées. Dans certains contextes historiques spécifiques, un groupe dominant, souvent dans une volonté de domination économique et/ou politique, active certaines catégories, dans le but de les rejeter hors de la communauté en utilisant les moyens dont il dispose : la force mais aussi la législation, l’éducation et les institutions. »

Carole Reynaud-Paligot, commissaire de l’exposition

LE RACISME DANS L’IMAGINAIRE COLLECTIF

Afin de mettre en évidence l’imbrication des différents acteurs impliqués dans la construction du racisme, la chronologie est complétée par la présentation de documents : manuels scolaires, réclames, affiches des expositions coloniales, couvertures de presse illustrant la diffusion et l’acceptation, au sein de la société française, de la notion de « race » et de supériorité de la « race » blanche.

« Le tour de la France par deux enfants »

« Le tour de la France par deux enfants » Ce manuel scolaire édité en 1877 fut la référence pour l’apprentissage de la lecture dans les écoles de la IIIe République et restera en usage jusque dans les années 1950. Les quatre « races » y sont illustrées par des représentants « typiques ».

« Le tour de la France par deux enfants »

« Le tour de la France par deux enfants » Ce manuel scolaire édité en 1877 fut la référence pour l’apprentissage de la lecture dans les écoles de la IIIe République et restera en usage jusque dans les années 1950. Les quatre « races » y sont illustrées par des représentants « typiques ».

 
 

TROIS EXEMPLES DE RACISME INSTITUTIONNALISÉ : LA SÉGRÉGATION RACIALE AUX ÉTATS-UNIS, L’ALLEMAGNE NAZIE, LE RWANDA INDÉPENDANT

Dans trois cubes sont présentés trois exemples de « racialisation » dans ses manifestations les plus extrêmes

Dans un environnement plus immersif – trois cubes –, le visiteur est confronté à des exemples de racismes institutionnalisés qui ont conduit à des discriminations, des violences, voire des génocides.

Symboles des cases d’esclaves, des baraques des camps ou de l’enfermement idéologique, chaque cube est de conception similaire afin de matérialiser la répétition des processus. L’entrée s’effectue par une ouverture au cœur d’une photo représentant, à l’échelle 1, les groupes victimes.

Au centre de chaque cube, est exposé un objet totem : des fac-similés de plaques américaines « White Only », un entonnoir utilisé pour la diffusion d’un produit toxique mortel dans le camp du Struthof en Alsace et un transistor pour évoquer la Radio des Mille-Collines au Rwanda. Chaque exemple historique est abordé dans ses spécificités, à partir de documents d’archives.

La ségrégation raciale aux États-Unis, au nom de la supériorité de la « race » blanche et de ses intérêts économiques

Après la guerre de Sécession (1861-1865), l’esclavage est aboli et l’égalité des droits affirmée par la Constitution. Néanmoins, pour maintenir la suprématie économique des planteurs, les États sudistes privent de droits civiques les anciens esclaves, devenus pour la plupart ouvriers agricoles. Des préjugés dévalorisants circulent et légitiment cette politique. Selon le principe « séparés mais égaux » légalisé par la Cour suprême en 1896, les Noirs sont soumis à un système de ségrégation dans les lieux publics.

Ce n’est qu’au prix de luttes – pacifiques ou non – que seront abolies les lois ségrégationnistes le 2 juillet 1964, le Civil Rights Act interdit toute discrimination et ségrégation dans les lieux publics ; en 1965, le Voting Rights Act garantit le droit de vote aux Africains-Américains.

Ségrégation raciale - Afro-américain buvant à une fontaine réservée aux Noirs. Oklahoma City, Oklahoma. Juillet 1939.
Ségrégation raciale – Afro-américain buvant à une fontaine réservée aux Noirs. Oklahoma City, Oklahoma. Juillet 1939., by © MNHN – Jean Christophe Domenech
Nous et les autres - Un racisme institutionnalisé
Nous et les autres – Un racisme institutionnalisé, by © MNHN – JC Domenech

Un nationalisme exacerbé : le nazisme et l’obsession de la pureté raciale

Six millions de Juifs ont été assassinés, ainsi que des centaines de milliers de Tsiganes, dans le cadre d’une politique visant à préserver la pureté de la « race » aryenne. Ce génocide massif est l’aboutissement d’une politique raciale progressivement mise en place en Allemagne par Hitler, chancelier à partir de 1933. L’humiliation de la défaite de 1918 et les clauses très dures du traité de Versailles ont contribué, dans un contexte de crise économique, à l’exacerbation du nationalisme allemand. Pour le Parti national socialiste, l’antagonisme et la lutte entre les « races » expliquent l’histoire des sociétés humaines. Ses idéologues exaltent le mythe de la « race pure », celle des « aryens », un mythe qui nécessite la ségrégation des éléments censés l’affaiblir, notamment les malades mentaux, les Juifs, les Tsiganes, les Slaves et les personnes handicapées… Les mesures discriminatoires (exclusion de la vie économique et sociale, interdiction des mariages mixtes) sont rapidement suivies, après le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, par une politique systématique d’extermination de tous les Juifs d’Europe, en Allemagne mais également dans tous les territoires occupés. L’application de la « solution finale », décidée au cours de l’année 1941, s’accompagne de la création des camps d’extermination.

Lorsque les Alliés libèrent les camps en 1945, près des deux tiers des juifs d’Europe ont péri.

Rwanda, entre héritage colonial et nationalisme

En cent jours, entre avril et juillet 1994, 800 000 Rwandais sont massacrés. Le génocide au Rwanda combine les deux principaux vecteurs des phénomènes de « racialisation » : le colonialisme et le nationalisme. Les colons européens ont transformé des catégories non figées en « races » tutsie et hutue, mentionnées sur les cartes d’identité à partir de 1930. Ce schéma prévaut dans la gestion du pays, valorisant les Tutsis et alimentant le ressentiment des Hutus, majoritaires.

Après l’indépendance, en 1962, un parti nationaliste réactive cette dualité à des fins politiques. L’attentat du 6 avril 1994 contre le président Juvénal Habyarimana, élu en 1973, est suivi immédiatement par le déclenchement dans tout le pays du génocide des Tutsis et du massacre de Hutus opposants, considérés comme complices. L’appel à la haine et au massacre est relayé par la RTLM (Radiotélévision libre des Mille-Collines) créée durant l’été 1993 par des extrémistes proches de la présidence. Au-delà des tensions internes, la responsabilité des partenaires internationaux est mise en cause et notamment celle de la France.

Kigali Genocide Memorial Centre
Kigali Genocide Memorial Centre, by © Trocaire
LA CONDAMNATION DU RACISME AU LENDEMAIN DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE

Lors du procès de Nuremberg (1945-1946) qui a pour objectif de juger les hauts responsables nazis, la notion de « crime contre l’humanité » est utilisée pour la première fois. La révélation des crimes nazis au nom de la pureté raciale conduit alors une grande partie de la communauté internationale à condamner la croyance en l’inégalité des « races ».

La Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948 et les Déclarations de l’UNESCO (à partir de 1950) affirment l’unité fondamentale de l’espèce humaine et l’égalité de tous les êtres humains.

Néanmoins, cette volonté proclamée ne met pas un terme aux inégalités raciales qui se manifestent notamment dans les résistances aux processus de décolonisation, dans la persistance de la ségrégation aux États-Unis et le régime de l’apartheid en Afrique du Sud.

REGARD SUR L’HISTOIRE : LE MUSÉE DE L’HOMME EN 1938

À sa création, en 1938, le Musée de l’Homme, dans son approche de la diversité humaine, est le reflet de son époque. Son fondateur, Paul Rivet, humaniste et progressiste, défend la colonisation en tant que « mission civilisatrice » contribuant à l’émancipation des peuples.

Tout en refusant la hiérarchisation biologique des « races », il envisage leur inégalité culturelle.

Une partie des collections du Musée est issue de missions de collecte menées au sein de l’empire français. La pensée « coloniale », alors en vigueur, n’est pas en contradiction avec l’engagement de Paul Rivet et des chercheurs du Musée contre l’antisémitisme et le fascisme, un combat qui s’exprime notamment dans la revue Races et Racisme, parue entre 1937 et 1939.

LE RACISME N’EST PAS LE PROPRE DU MONDE OCCIDENTAL

De l’Afrique à l’Asie, des groupes minoritaires ont été soumis à des traitements discriminatoires, illustrés ici par deux exemples :

Les Pygmées. Chasseurs-cueilleurs forestiers d’Afrique centrale, les peuples pygmées sont considérés par leurs voisins agriculteurs, pour lesquels ils travaillent, comme des êtres pas tout à fait humains, très souvent inférieurs. Les relations privilégiées qu’ils entretiennent avec le monde des esprits et leur connaissance de la forêt leur valent crainte et admiration. Leur reconnaissance internationale comme seuls peuples autochtones de la région et leur intégration à la vie moderne contribuent à atténuer les attitudes racistes habituelles.

Les Aïnous au Japon. Originaires de l’île d’Hokkaidō, les Aïnous sont soumis à une assimilation forcée lors de la conquête de l’île par le pouvoir impérial en 1869. Considérés comme une race inférieure, ils sont alors employés dans des conditions proches de l’esclavage. La Constitution de 1947 abolit toute forme de ségrégation et permet de mobiliser la justice contre les discriminations.

Cours de rattrapage pour les enfants Koya, suite à l’absence d’enseignant à l’école.
Cours de rattrapage pour les enfants Koya, suite à l’absence d’enseignant à l’école., by © MNHN – Sylvie Le Bomin (UMR 7206)

VOUS AVEZ DES QUESTIONS ?

Est-ce que la science à quelque chose à dire sur le racisme ? Le racisme est-il une opinion ou un délit ? Quelle politique pour lutter contre le racisme ? Que puis-je faire pour lutter contre le racisme ?

24 QUESTIONS S’INSCRIVENT EN GROS CARACTÈRES SUR LES MURS D’UN ESPACE DE TRANSITION.

À chacun d’apprécier leur pertinence, de s’interroger sur ses propres certitudes et de puiser des réponses dans l’exposition.

3 . ÉTAT DES LIEUX

La dernière partie aborde le problème du racisme. Aujourd’hui, en s’appuyant sur les données des sciences. Du vivant, des sciences sociales et en donnant la parole à des spécialistes.

La scénographie est composée de quatre espaces successifs : un laboratoire de génétique, une « data room », un salon d’appartement et une terrasse de café, chacun offrant une approche différente :

  • Que nous dit la science aujourd’hui, et particulièrement la génétique, sur la diversité de l’espèce humaine ?
  • Quelle est la situation en France aujourd’hui ? De quelles données dispose-t-on pour appréhender quantitativement et qualitativement les comportements racistes et les discriminations ? Que disent nos lois ?
  • Comment décrypter les propos relatifs aux minorités diffusés par les médias ?
  • Quel modèle pour vivre ensemble dans le respect de l’égalité des droits ?

QUE NOUS DIT LA GÉNÉTIQUE À PROPOS DES « RACES » ?

Le visiteur pénètre dans un espace évoquant un laboratoire

Des lamelles suspendues au plafond, composées de bandes de tissu de couleur, reproduisent notre séquence ADN. Au-delà de ce rideau, trois écrans proposent de courts films d’animation faisant le point sur les données scientifiques actuelles.

  • La génétique permet-elle de classer les humains ?
  • Une grande famille de mutants !
  • Ce que l’ADN dit de nous…

La notion de « race » n’est pas valide scientifiquement

Nous appartenons tous à la même espèce Homo sapiens, biologiquement homogène car, en 200 000 ans, elle n’a pas eu le temps de produire des différences majeures entre groupes d’individus. Deux individus sont à 99,9 % identiques par leur génome. Entre deux Européens d’un même village, il y a quasiment autant de différences génétiques qu’entre un Européen et un Africain, ou un Africain et un Asiatique.

Mais nous sommes visiblement bien différents les uns des autres. Ces différences sont le résultat de notre histoire passée, des migrations de nos ancêtres, de notre environnement, de notre culture et du mélange génétique entre nos deux parents. Quant aux différences de couleur de peau, elles relèvent de variations génétiques qui ne concernent qu’une part infime de notre génome ; elles sont le fruit de l’adaptation de nos ancêtres à des conditions climatiques.

Nous et les autres - Où en est-on avec le racisme en France ?
Nous et les autres – Où en est-on avec le racisme en France ?, by © MNHN – JC Domenech

QUEL EST L’ÉTAT DES LIEUX DU RACISME ET DES DISCRIMINATIONS DANS LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE AUJOURD’HUI ?

Prendre connaissance des faits et des lois

Dans une « data room » – salle où des hublots ouvrent symboliquement sur le parvis des Droits de l’Homme – les visiteurs sont invités à prendre connaissance de données statistiques issues d’enquêtes récentes et de récits de vie.

L’accès à ces informations est facilité par une présentation attractive : les données quantitatives sont visualisables sur les murs. Les témoignages extraits du documentaire La Ligne de couleur (voir encadré page 18) sont accessibles via six écrans de consultation.

La société française dans sa complexité

En s’appuyant sur les enquêtes en sciences sociales, l’exposition dresse un état des lieux des comportements racistes dans la société française. Les données issues de trois sources (voir partie “Quelles sont les sources ?”) ont été sélectionnées selon une triple approche : Intégration ou communautarisme ? / Vous avez dit discriminations ? / Où en est-on avec le racisme en France aujourd’hui ?

Alors que 93% des enfants d’immigrés se sentent français, 24% d’entre eux sont convaincus de ne pas être perçus comme tels.

65% des enfants d’immigrés, hommes ou femmes, ont formé un couple avec une personne de la population majoritaire.

Lors de l’envoi d’un curriculum vitae, les candidats portant un nom à consonance « hexagonale » ont 4 fois plus de chance d’être convoqués à un entretien d’embauche que les candidats portant un nom à consonance « maghrébine » ou « africaine ».

Lors de l’entretien d’embauche, les candidats portant un nom à consonance « hexagonale » ont 6 fois plus de chance d’être recrutés.

Certains groupes sont a priori victimes d’un fort déficit de tolérance (les Roms et les musulmans) ou au contraire d’une plus grande tolérance (les Noirs et les Juifs).

En 2016, plus de 1 125 actes racistes ont été recensés, une baisse notable après une hausse en 2015.

L’importance des mots et des images : le décryptage des catégories

Sur des assises installées dans une salle évoquant un salon d’appartement – dont les éléments sont juste dessinés sur les murs et au sol –, les visiteurs prennent place face à un grand écran de TV sur lequel sont diffusées des images d’archives audiovisuelles présentant des groupes minoritaires stigmatisés : les jeunes de banlieue, les musulmans, les Noirs et les Roms. Des arrêts sur séquence interrompent la diffusion, la projection occupe alors toute la paroi. Les analyses de quatre chercheurs permettent de comprendre le processus d’ethnicisation et de cerner les logiques politiques, économiques, sociales et médiatiques qui nourrissent ce phénomène.

Jérôme Berthaut, sociologue, maître de conférences à l’université de Bourgogne – chercheur associé à l’URMIS. Auteur de La Banlieue du « 20 heures » – Ethnographie de la production d’un lieu commun journalistique, 2013, éd. Agone.

Abdellali Hajjat, sociologue, maître de conférences à l’université Paris Ouest-Nanterre. Auteur de Comment les élites françaises fabriquent le « problème musulman », 2013, coll. La Découverte.

Christian Poiret, sociologue, maître de conférences à l’université Paris-Diderot. Auteur de « Les processus d’ethnicisation et de raci(ali)sation dans la France contemporaine : Africains, Ultramarins et Noirs », 2011, Revue européenne des migrations internationales.

Martin Olivera, ethnologue, maître de conférences, université Paris Ouest-Nanterre. Auteur de Situations des Roms en Europe : regards d’ethnographes, 2015, Société d’ethnologie Française.

Nous et les autres - Décryptages
Nous et les autres – Décryptages, by © MNHN – JC Domenech

« Les recherches scientifiques récentes confirment que les populations humaines présentent trop peu de différences génétiques entre elles pour justifier la notion de « race ». Cette notion reste pertinente pour d’autres espèces, telles que les chiens et les chevaux, qui sont issus d’une sélection par l’Homme ».

Évelyne Heyer, commissaire scientifique de l’exposition
QUELLES SONT LES SOURCES ?

Le rapport annuel de la CNCDH – Commission nationale consultative des droits de l’Homme

Créée en 1947, la CNCDH remet chaque année le 21 mars*, journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale, un rapport sur l’état des lieux du racisme en France.

TeO, Trajectoires et Origines – Enquête sur la diversité des populations en France sous la direction de Cris Beauchemin, Christelle Hamel et Patrick Simon

L’INED (Institut national d’études démographiques) et l’INSEE (Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques) se sont associés pour réaliser, auprès de 22 000 personnes, une enquête sur l’expérience du racisme vécu et sur les préjudices subis du fait de son origine, de sa religion, de son patronyme ou de la couleur de sa peau (enquête réalisée entre septembre 2008 et février 2009, publiée en 2015).

Les discriminations en raison de l’origine dans les embauches en France

Enquêtes dites de testing réalisées selon la méthode du BIT (Bureau International du Travail) et publiées en 2006 et 2015. La méthode du testing : il s’agit de répondre à des offres d’emploi en proposant deux candidats équivalents au niveau des compétences et ne variant qu’en raison de l’origine évoquée par les noms et prénoms.

*La journée du 21 mars a été instaurée par l’ONU (Organisation des Nations Unies) en octobre 1966 pour commémorer le jour où, en 1960 en Afrique du Sud, à Sharpeville, la police a ouvert le feu sur les manifestants pacifiques et tué 69 personnes.

VIVRE SA DIFFÉRENCE

Réalisé par Laurence Petit-Jouvet, le documentaire « La Ligne de couleur », sorti le 17 juin 2015, réunit onze témoignages singuliers de citoyens français.

Ils s’appellent Fatouma, Rui, Jean-Michel, Yaya, Patrice, Mehdi, Yumi, Alice, Sanaa, Jérémie, Malika : ils racontent, sous forme de lettres filmées, leur expérience intime et sociale, celle de vivre avec des différences qui les distinguent, d’être regardés comme des non-Blancs.

Produit par Avril en coproduction avec Arcadi Île-de-France

QUEL MODÈLE POUR VIVRE ENSEMBLE ?

Place au débat

Sur fond de décor urbain, des tables et des chaises de bistrot invitent au débat. Une fenêtre s’ouvre sur une projection ; quatre spécialistes des problématiques raciales ont été filmés et présentent leurs points de vue.
Leur analyse permet de mieux comprendre les enjeux actuels de société selon deux thématiques :

Y a-t-il des différences sensibles entre les politiques dites multiculturalistes et celles dites universalistes ? Quelles conclusions tirer des expériences de discrimination positive ?

Dominique Schnapper, sociologue et politologue, directrice d’études à l’École des hautes études en sciences sociales. Auteur de La Relation à l’Autre, 1998, éd. Gallimard.
Daniel Sabbagh, politologue, directeur de recherche au CERI de Sciences Po. Auteur de L’Égalité par le droit : les paradoxes de la discrimination positive aux États-Unis, 2003, éd. Economica.

Y a-t-il une ethnicisation du débat public dans la société française, au détriment des questions sociales ?

Jean-Loup Amselle, anthropologue, directeur d’études émérite à l’EHESS. Auteur de L’Ethnicisation de la France, 2011, éd. Lignes, et de Vers un multiculturalisme français – l’empire de la coutume, 1996, Aubier.
Patrick Simon, sociodémographe, directeur de recherche à l’INED. Co-auteur de l’enquête TeO – Trajectoires et Origines.

 

ÉPILOGUE

Un grand mot en 3D, ÉGALITÉ, marque la fin du parcours. Le visiteur le traverse pour se mettre en mouvement et emboîter virtuellement le pas de marches citoyennes. Une installation audiovisuelle, réunissant les images de différentes marches pour l’égalité dans la diversité, témoigne de la permanence de l’action collective dans la lutte contre le racisme. Confronté individuellement à ses propres représentations au début du parcours, le visiteur quitte l’exposition dans un élan collectif. Un tableau magnétique permet à chacun de proposer des solutions pour mieux vivre ensemble.”

 

Source musée de l’Homme

 

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