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Les Puces de Saint-Ouen menacées (Vidéo)

Les Puces de Saint-Ouen menacées (Vidéo)

Quand on parle de « puces », on pense désormais rarement à ces insectes pénibles qui envahissent les maisons des amateurs de chiens, mais plutôt aux circuits intégrés de composants électroniques. Et a fortiori s’il s’agit de traiter ces puces sous l’angle économique et pas sous l’angle insecticide !

Mais le modèle économique des puces actuellement bouleversé n’est ni celui des insectes, ni celui des composants électroniques. Il s’agit du marché de Saint-Ouen, ce grand déballage partiellement à ciel ouvert, situé au nord de Paris, concentration géante de chiffonniers, de brocanteurs, et d’antiquaires. Ce petit monde est en ébullition, car son mode de fonctionnement ancestral, ses circuits de vente, sont en train de changer.

La révolution est venue des marchés Paul-Bert et Serpette, deux des allées les plus connues de Saint-Ouen. Le propriétaire de ces allées a passé un accord avec la maison de vente aux enchères Millon, pour vendre par son intermédiaire une partie des 100 000 objets et plus proposés en permanence sur les stands. Il s’agit d’une toute petite partie, car on parle pour l’heure d’une centaine d’objets seulement. Mais cette approche est l’objet de débats. Une partie des commerçants de Saint-Ouen s’inquiètent de cette évolution. Si de belles pièces sont désormais vendues par ce biais, ils craignent que cette pratique prenne progressivement le pas sur la vente traditionnelle, que les puces attirent de moins en moins de touristes et de chineurs, et que la maison de vente récupère à la longue, par ce biais, un fichier de collectionneurs, d’acheteurs réguliers d’objets anciens, dans les diverses spécialités proposées à Saint-Ouen.

En principe les puces de Saint-Ouen sont ouvertes du vendredi au lundi, mais peu à peu l’activité s’est concentrée uniquement sur le week-end. Chaque marchand paye un loyer dont la moyenne se situe autour de 1 000 euros par mois. Si l’objet de qualité part vers les enchères électroniques, sous la houlette de grandes études de commissaires-priseurs, les puces de Saint-Ouen seront vidées de tout sens, et les allées se videront encore plus vite de leur public de visiteurs.

Un paradis pour pickpockets

Certains marchands anticipent d’autres évolutions, beaucoup plus mortifères pour les puces : cette banlieue de Paris, très proche du centre de la capitale, en fait, par le métro comme par le périphérique, doit accueillir le village olympique en 2024, et des projets urbanistiques et immobiliers cernent peu à peu le village pucier qui, cependant, par certains côtés, ressemble toujours à un grand bidonville. Et si le propriétaire des lieux, qui a acheté pour trente millions d’euros, il y a cinq ans, la partie la plus « noble » du site, ces marchés Paul-Bert et Serpette, se préparait à une extraordinaire opération immobilière ? Celle-ci se ferait en deux étapes : d’abord l’incitation des principaux marchands – les spécialistes, ceux qui vendent des pièces de qualité à des amateurs fortunés – à passer par la vente aux enchères, à sortir de la logique du contact direct entre le client et le vendeur ; une fois cette dématérialisation de l’acte de vente opérée, il deviendrait plus facile de dénoncer les baux commerciaux, et de revendre les terrains à des promoteurs immobiliers, ce qui créerait pour le propriétaire des lieux une plus-value à proprement parler monstrueuse.

Impossible ! rétorquent les optimistes. Car Saint-Ouen, qui est sans doute le plus grand marché aux puces au monde, est classé.

Mais Saint-Ouen a aussi ses détracteurs, y compris chez les chineurs. Saint-Ouen est un paradis pour les pickpockets. Et les malheureux touristes chinois ou japonais qui s’y font détrousser chaque week-end ne lui font pas une très bonne publicité. Quant à ce mélange d’antiquaires de haut niveau et de marchands de grigris africains, dans un décor qui rappelle parfois le Beyrouth des mauvaises années, il ne fait plus autant rêver qu’autrefois. Son gigantisme joue aussi contre lui, et bien des chineurs réguliers lui préfèrent aujourd’hui Vanves, ou le parc Brassens voisin pour ce qui est du vieux papier et des livres.

Francis Bergeron – Présent

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