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Les jeunes Américains ne savent plus lire

Les jeunes Américains ne savent plus lire

A l’école primaire, la plupart ont appris à lire. Ils ont même su lire, c’est-à-dire déchiffrer et comprendre les textes simples mais révélateurs qu’on leur présentait. Maintenant, quelques années plus tard, c’est fini. Ils semblent avoir perdu tout ce qu’ils avaient acquis. Sur des textes plus difficiles, on a l’impression qu’ils ne donnent aucun sens à l’enchaînement des mots, qu’ils n’attribuent aucune signification à l’architecture des phrases. Pour eux, les lignes qui se suivent ont l’aspect de hiéroglyphes : que veulent dire ces signes dont ils reconnaissent à peine quelques assemblages de lettres ? A Washington, au ministère de l’Education, c’est l’angoisse depuis vingt-quatre heures. Mardi dernier, on a pu prendre connaissance du dernier test de lecture concernant les élèves de 8th grade des écoles publiques – l’équivalent des 4es en France. Désastreux ! Affligeant ! Dévastateur ! Exclamations du ministre lui-même, madame Betsy DeVos.

On avait pourtant bien fait les choses : sélection d’un échantillon de 300 000 élèves reflétant la composition raciale du pays ; choix minutieux du vocabulaire utilisé dans les épreuves ; dosage des difficultés afin qu’elles soient moins nombreuses que l’an dernier. Malgré toutes ces précautions, le résultat s’est imposé à tous comme une fatalité. La régression est générale. Moins de la moitié des élèves a fourni des signes d’une certaine complicité avec le texte soumis. Les autres furent incapables d’émerger d’une brume épaisse que pas un seul mot ne vint dissiper. Le gouvernement fédéral a investi cinq milliards de dollars l’an dernier dans ces écoles publiques. En pure perte. Les démocrates affirment qu’il convient de déverser encore plus d’argent sur ces chères têtes jeunes et décevantes. A la Maison-Blanche, on accuse le coup sans faire connaître, pour l’instant, les solutions envisagées.

Peut-être faudrait-il d’abord diagnostiquer le drame. Pourquoi les Américains de 13 à 14 ans lisent-ils si mal ? Parce qu’ils ne lisent plus. Et pourquoi ne lisent-ils plus ? Parce qu’on a tout fait pour leur ôter le goût de lire. Depuis trois générations, en gros depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les immenses progrès techniques ont abouti à un seul résultat mais il est colossal, spectaculaire : l’image a remplacé le mot. Il y eut d’abord l’abrutissante télévision. Il y eut ensuite l’égoïste baladeur. Il y a enfin l’ordinateur, de plus en plus miniaturisé, suivi de l’omniprésent smartphone, cet univers obsessionnel aux dimensions d’une boîte d’allumettes. D’étape en étape, l’individu s’est isolé, s’est rétréci autour de son moi à qui il a tout donné : son énergie, sa patience, son regard, son temps. Surtout son temps. L’écran mystique est devenu toute sa vie : une image avec du bruit autour. L’écrit – à part les SMS invertébrés – a perdu toute signification. La syntaxe a disparu. Des mots isolés sont chargés de produire des chocs. Message désarticulé dont les jeunes se contentent. Très peu d’entre eux ont connu autre chose. •

Christian Daisug – Présent

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