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Le carrousel des ombres

Le carrousel des ombres

C’est un univers de fantasmes, de délires d’ombres et de faisceaux tranchants comme des rasoirs que ce Carrousel des ombres. Paul Serey nous propose de suivre son narrateur qui, depuis sa chambre d’hôpital psychiatrique, revit la quête qui l’avait poussé à parcourir les immensités des steppes mongoles et des forêts bouriates.

Ce n’est ni un roman, ni un carnet, ni une biographie ni une autobiographie. Ce livre est un condensé de matière brute fusionnante qui agit comme un miroir inversé. Le monde réel devient songe et la folie s’incarne. En ligne de mire, l’incroyable chevauchée d’un homme dont l’Histoire se souvient mal mais dont les légendes tissent le parcours : le baron Roman von Ungern-Sternberg. Ce chef de guerre de l’armée blanche qui devint pour les uns « le baron fou », pour d’autres la réincarnation de Gengis Khan et celui qui remit sur pied un éphémère Empire mongol. Ungern qui, traqué, finira trahi par les siens et fusillé par les bolcheviques. Ungern qui était un pur au-delà de tout bien et de tout mal. Ungern qui, dans ses excès et sa cruauté, souffrait du même mal que celui qui l’a cherché. Ungern à qui personne ne fera choisir d’autre camp que le sien et qui ne croira en rien d’autre que ses propres mysticismes.

C’est donc dans les pas du narrateur que nous suivons cette quête. Un narrateur terrassé par la folie et abasourdi par l’absurdité du monde. Un narrateur rendu fou par sa quête du feu et de la glace dans une société dégueulant de l’eau tiède. Un narrateur qui se désole de voir que nous avons fait de Dieu l’égal du bien. Un Dieu rabaissé pour un bien qui apparaît comme dénaturé ou dévoyé. Un bien contre lequel Ungern s’élève avec l’efficacité d’un exorciste. Un narrateur paumé dans une sarabande où surgissent pêle-mêle, comme invoqués par quelque spiritisme oublié, Corto Maltese, Benoît-Joseph Labre, Thelonious Monk, Achab, Don Quichotte, Napoléon et, bien évidemment, Ungern.

Des invocations qui, par essence, s’élèvent contre notre monde aseptisé, vaincu par la technique et le progrès. Un monde gris et tiède qui bannit l’âme. Un monde qui ne peut être puni car il est la punition. Un monde que le narrateur espère voir balayé un jour par le galop des cosaques, la mélopée des violons tziganes et la poigne d’un Ungern.

Certains, désarçonnés par cet étalage de souffrance nue, se sentiront certainement largués par moment. Et c’est ce qui rend ce livre diablement efficace : alors que nous errons dans les méandres de l’immatériel, Serey surgit pour vous reprendre la main et vous perdre davantage encore jusqu’à la dernière ligne. Avec ce livre qui aurait pu ne jamais être écrit, vous doutez jusqu’à la dernière page de la capacité du narrateur à le terminer pour, au final, vous apercevoir que vous l’avez achevé.

 

 

Marc Eynaud – Boulevard Voltaire

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