Laisser choisir le sexe de son enfant, un filon lucratif pour des médecins britanniques  

Laisser choisir le sexe de son enfant, un filon lucratif pour des médecins britanniques  

La presse tabloïde britannique en est tout indignée : le Daily Mail, plutôt conservateur, vient de mettre au jour un juteux trafic de choix de sexe des enfants au moyen duquel au moins quatre médecins de haut rang, travaillant par ailleurs pour la NHS, « aident » les parents à choisir s’ils vont avoir un garçon ou une fille. Le journal donne plusieurs exemples précis de spécialistes qui proposent une fécondation in vitro avec un choix embryonnaire correspondant aux désirs des parents. C’est déjà du « bébé sur-mesure ». Prix de l’entremise de ces médecins britanniques et de la procédure : il peut aller jusqu’à 14.000 livres sterling – près de 16.000 euros.

Et c’est une affaire qui marche. Des centaines de couples ont déjà fait appel à ces services pour se voir proposer des consultations privées dans une clinique chic de Harley Street, puis en général une FIV à l’étranger, les règles de la procréation artificielle au Royaume-Uni n’autorisant pas la sélection embryonnaire par sexe en dehors d’un risque de transmission de maladies génétiques liées au sexe de l’enfant à naître, telles l’hémophilie ou la maladie de Duchenne qui affectent très majoritairement les garçons.

Des médecins britanniques facilitent le tri embryonnaire pour choisir le sexe de l’enfant à naître

Sur les quatre médecins dont le Daily Mail a pu vérifier les pratiques au moyen de reporters infiltrés, trois encouragent vivement leurs patients – généralement, ce sont des couples qui viennent – à ne pas en parler à leurs médecins traitants pour éviter « plein d’emm… ». Il est vrai que leurs services sont contraires à la loi, qu’ils soient directement rendus ou consistent en des conseils donnés pour y accéder – encore que la loi ne soit pas suffisamment claire, et que la jurisprudence soit inexistante pour ce qui est des fécondations artificielles réalisées à l’étranger. Tout cela ne serait d’ailleurs pas possible si les lois britanniques ne prévoyaient pas la possibilité du tri embryonnaire dans certaines circonstances, avec son cortège mortel de tout-petits éliminés dès leur conception.

Il faut rappeler ici que les couples concernés pourraient parfaitement concevoir naturellement mais choisissent l’éprouvette pour pouvoir assurer l’élimination de tous les embryons ne correspondant pas au sexe désiré ; ou surnuméraires, pour ceux qui y correspondent. L’affaire ne va pourtant pas sans risque puisque l’on prélève des cellules pour vérifier si l’embryon a des chromosomes XX ou XY : sur les quatre médecins pistés, deux avouent à leurs clients que cette forme de fécondation in vitro est un peu plus risquée.

Bébés sur mesure au Royaume-Uni : des Indiens veulent des garçons

Les médecins qui se livrent à ce type de trafic affirment le faire à titre privé sans impliquer la National Health Service, et reconnaissent que la réalisation de l’ensemble de la procédure serait tout à fait illégale au Royaume-Uni. Mais Rafet Gazvani, médecin formé à l’université d’Istanbul qui envoie ses futurs parents dans la partie turque de Chypre pour faire réaliser la FIV et la sélection embryonnaire, soutient que ce qu’il propose n’est pas en soi interdit. Son supérieur hiérarchique à la NHS aurait certainement « un petit infarctus » en apprenant qu’un couple partait à l’étranger pour aller choisir le sexe de leur futur enfant, a-t-il reconnu devant des reporters du Daily Mail, mais il est à titre personnel persuadé que ce devrait être un droit « dans certaines circonstances bien définies ».

Ses clients ? Surtout des couples indiens, notamment parce que les droits de succession de ceux-ci sont affectés s’ils n’ont pas de garçon dans la famille. Les 10 % restants de sa clientèle sont des Britanniques blancs qui veulent presque tous des filles. Pour faire accepter leur dossier à Chypre, notamment, ce médecin est prêt à attester que la fécondation in vitro est justifiée par un « problème médical » – en l’occurrence, les difficultés psychologiques du couple si celui-ci ne devait pas avoir, selon les cas, une fille ou un garçon.

Laisser choisir le sexe de son enfant, un filon lucratif pour des médecins britanniques

La gynécologue Sara Matthews, de son côté, basée dans un hôpital privé à Londres, affiche quant à elle clairement ses services en vue de « l’équilibrage familial » sur son site Internet : elle travaille avec des cliniques de fertilité à Dubaï. Si elle se refuse à accéder aux demandes de couples qui n’ont pas d’enfants du tout, elle propose volontiers un suivi et une assistance à ceux qui ont par exemple déjà deux garçons et veulent avoir une fille sans multiplier les grossesses ultérieures.

Dubaï, c’est aussi l’une des destinations choisies par le gynécologue-obstétricien Dabeer Salaria – il affectionne également Prague, la Grèce et Bahreïn, et s’annonce comme proposant un service de « facilitation de tourisme médical ». Il estime quant à lui que les personnes opposées à la sélection embryonnaire selon le sexe veulent simplement « garder le contrôle sur la vie des gens ».

La question qui n’est même pas posée – et elle devrait l’être par les temps qui courent – est celle de savoir ce qui se passe lorsqu’un de ces embryons choisis en raison de leur sexe se développe, grandit, et présente ce que les idéologues qualifient comme une « identité de genre » non conforme au sexe qui lui a été attribué, horresco referens, dès avant son implantation dans le sein maternel. On rembourse ?

 

 

Jeanne Smits – RITV

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