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Journal d’un vendu de Freddy Legrand

Journal d’un vendu de Freddy Legrand

Si certains s’interrogent encore sur l’utilité des petites maisons d’édition, voici un livre qui leur ôtera tout doute. Les éditions Anovi, humblement sises à Chinon et qui ont constitué un impressionnant catalogue de récits et essais historiques, publient aujourd’hui le témoignage exceptionnel d’un cadre franciste, volontaire civil de la LVF. Et non pas un témoignage de seconde main, soigneusement revu et corrigé en temps de paix, sur le ton du récit épique, mais bien un journal intime, écrit avec une grande assiduité de novembre 1941 à août 1943.

8680-P7-journal-d-un-venduNous y suivons l’itinéraire tantôt banal, tantôt hors du commun, d’un jeune homme dans sa vingtaine, tiraillé par ses espérances amoureuses, harcelé par la faim et ballotté par les tempêtes politiques des années d’Occupation. Ce Franco-Belge s’appelle Freddy Legrand, il finira par payer lourdement le prix de son engagement.

Un tel livre suffit à démonter les analyses binaires qui sont aujourd’hui portées par les autorités morales sur cette période complexe. Messieurs, voici les salauds à ma droite, les héros à ma gauche. Freddy Legrand n’est pas un exalté du national-socialisme, ayant grandi l’écume haineuse aux lèvres et rêvant chaque nuit des tortures qu’il prodiguera le lendemain. Celui qui fut soldat colonial, combattant de la drôle de guerre a, comme tant de jeunes hommes de sa génération, été traumatisé par la déculottée française. En mars 1942, vexé d’avoir dû déposer ses deux armes en mairie, il écrit : « Quand je pense que par la faute des Fritz, je n’ai plus mon petit Simplex… Ils ne me paieront jamais cela assez cher. » Un an plus tard, le patriote bon tain était devenu chef de la section de Nevers du Parti franciste. Et entré dans une démarche désespérée, en pleine conscience de ce qui se jouait alors. Mai 1943, quand tant de collaborationnistes espéraient encore une miraculeuse victoire allemande, Legrand notait dans l’un de ses cahiers : « Qu’est ce que cela peut bien me foutre à moi, puisque je serai pendu ou fusillé dès le premier jour ? »

Si nous ne sommes pas à la hauteur d’un Rebatet ou d’un Cousteau, dont le ton est très voisin, il faut souligner les qualités littéraires de cet ensemble de cahiers. La vitalité jaillit de chaque page, les êtres rencontrés sont de chair, non de papier, et des pans entiers des réalités de l’Occupation sont mis en pleine lumière. Cet imposant volume de près de cinq cents pages est un délice pour le féru d’histoire et pour l’esprit non conformiste, qui vérifie ici avec plaisir que les caricatures de l’historiquement correct sont infiniment sottes. Comme les hommes qui la font, l’histoire est une matière complexe.

Journal d’un vendu, par Freddy Legrand, éditions Amovi, 23 euros.

Pierre Saint-Servant – Prsent

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