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Identitaires, le mauvais génie du christianisme d’Erwan Le Morhedec

Identitaires, le mauvais génie du christianisme d’Erwan Le Morhedec

Oui, Erwan Le Morhedec, nous avons lu votre livre. Du premier mot jusqu’au dernier. Et mieux que cela : stylo en main, pour mettre précisément le doigt sur les lourdes erreurs que vous commettez. Cela fait plusieurs jours que vous reprochez aux journalistes et commentateurs de votre ouvrage de vous faire un mauvais procès à partir des simples bonnes feuilles que vous avez vous-même choisi de faire paraître dans les colonnes de La Vie. Sans attendre la sortie du livre, donc. Il fallait bien accepter que la machine médiatique se mette en branle, à l’heure où il n’est jamais bon pour un titre d’avoir « un temps de retard ».

L’abbé de Tanouarn, l’abbé Loiseau, Gérard Leclerc et quelques autres ont donc pu faire part de leur scepticisme devant le « mauvais génie » que vous semblez déceler dans la frange la plus conservatrice – et aussi la plus dynamique – des catholiques français. Et à la lecture du livre dans son entier, leurs analyses partielles à partir des maigres pièces qu’ils avaient en leur possession ne se trouvent pas démonétisées. Attirons l’attention de nos lecteurs sur le piège organisé par les éditeurs entre le livre d’Erwan Le Morhedec et celui de Laurent Dandrieu, Eglise et immigration, le grand malaise (Presses de la Renaissance). Ce dernier a en effet produit un livre d’une grande densité et s’éloigne du champ de la polémique pour brosser dans les termes les plus mesurés le grand déchirement des catholiques européens face à une fraction de l’Eglise qui participe – inconsciemment ou non – à leur disparition.

Le grand méchant loup identitaire

Koz – c’est le surnom que s’est choisi Erwan Le Morhedec – est un aveugle d’un genre bien particulier. Il ne voit pas les évidences du temps : la très évidente submersion migratoire, les prémices sanglantes d’une société multiculturelle devenue multiviolente, le risque de disparition du trésor inestimable de l’héritage européen où le catholicisme tient d’ailleurs une large part.

En revanche, il voit en grossissement maximal les prétendues menaces d’une identité qui s’affirme de manière croissante, réponse – que l’on veut bien considérer comme parfois maladroite – d’un peuple qui ne veut ni mourir, ni condamner à mort ses propres enfants. « Une personne qui pense avant tout à faire des murs, où qu’ils se trouvent, et non des ponts, n’est pas chrétienne » : cette ineptie que l’on doit au pape François paraît une lumineuse vérité à Le Morhedec. Qui est d’autant plus scandalisé que ce mur va barrer la porte des Etats-Unis à des clandestins… très majoritairement catholiques. A la bonne heure ! Sont ensuite épinglés tous azimuts Civitas, Philippe Vardon, Academia Christiana, La Nef et Jacques de Guillebon, le Salon Beige, Marion Maréchal-Le Pen et SOS Chrétiens d’Orient dans un gloubigoulba sans colonne vertébrale qui, par ses approximations, nous rappelle la pseudo-expertise des décodeurs du web ou des antifascistes à plumes.

Néo-pharisaïsme 2.0

Surtout, Erwan Le Morhedec renoue avec un pharisaïsme vieux comme le monde qu’il remet à la sauce post-moderne. « Quel ressort peut donc inciter quelqu’un qui ne pratique ni régulièrement ni même occasionnellement à s’affirmer catholique quand on ne le retrouve qu’aux Rameaux pour le renouvellement de son buis ? », s’interroge notre vertueux blogueur. Bon sang mais c’est bien sûr ! Il faut dénoncer l’imposture de ces chrétiens aux pieds glaiseux qui « se rattachent davantage aux marqueurs rituels et culturels qu’à la foi ». Voilà le vieux débat entre les catholiques culturels et les catholiques « authentiques » qui point à nouveau. Faut-il donc que Péguy ou Bernanos aient écrit pour rien ? « Ô Dieu je te rends grâce de ce que je ne suis pas comme les autres hommes », nous dit Koz. Et plus loin : « L’identitarisme, nouvel antichristianisme » est le titre de son deuxième chapitre. Relisant d’un cœur pur les paroles de l’Evangile, Le Morhedec nous invite à désarmer la spirale de la violence qui s’élève entre communautés. Les termes sont ainsi biaisés. Car il ne s’agit pas de l’affrontement égoïste de bandes rivales, mais de la survie d’un peuple affaibli par des décennies « d’idées chrétiennes devenues folles », qui est pleinement légitime sur son sol et doit faire face à une conquête, proclamée explicitement ou non.

Le Morhedec peut bien ne pas vouloir s’identifier, hurler du haut de la tour Eiffel « Je suis universel », les soldats déterminés de Daesh n’oublieront pas qu’il n’est qu’un « chien de chrétien ». C’est l’ennemi qui me désigne comme sa cible. « Notre amour sera plus fort que votre haine », voilà qui est parfaitement exact spirituellement. Mais dans le temporel, dans ce temporel que nous devons affronter pour réaliser le grand mystère de l’Incarnation, comme l’a si bien rappelé Péguy, cela ne pèse pas bien lourd. Si Le Morhedec n’en est pas convaincu, qu’il aille en parler avec les chrétiens de Maaloula ou du Kosovo-Métochie.

Identitaire. Le mauvais génie du christianisme, Erwan Le Morhedec, éditions du Cerf.

Pierre Saint-Servant – Présent

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