Georges Brassens, Premières chansons

L’apparition de soixante-quatre chansons de Georges Brassens restées inédites, c’est comme un mendiant retrouvant sa monnaie : la plénitude. Des chansons ni enregistrées, ni chantées sur scène, ni éditées nulle part, réunis dans l’ouvrage Premières chansons. Dès 1942, pour protéger ses textes, Brassens (né en 1921) concourt à la Sacem (Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique) : il est reçu. Quand étranglé par le trac, le chanteur inaugure la carrière scénique à Montmartre, dans le cabaret de Patachou, le 26 janvier 1952, poussé par son ami de lycée Victor Laville, le cahier du Sétois débordait de textes. Laville, tient le cahier ouvert devant Georges, comme un souffleur (Brassens éprouve une telle angoisse, qu’il lui a demandé de brandir très haut le cahier, en cas de panne). Laville m’a raconté, il y a cinq ans, à Sète, qu’après l’interprétation de deux chansons (Le Gorille, Hécatombe), Patachou s’est assise avec empressement à côté de lui. «Il en a beaucoup des comme çà?». Laville répond à Patachou, éberluée : «des dizaines».

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Brassens écrivait des chansons depuis l’année de ses 17 ans. Entre 1942 et 1949, après les avoir conçues et «mises au propre » avec une application d’écolier dans les cahiers à carreaux, Brassens dépose au total soixante-huit chansons à la Sacem. Premières chansons réunit les soixante-huit textes. Il sont publiés dans l’ordre où Brassens les a recopiés de sa main. Quatre d’entre eux sont passés à la postérité. Les voici en respectant l’orthographe initial (Maman, Papa ; Le bricoleur ; Les amoureux qui s’bécott’ sur les bancs publics; J’ai rendez-vous avec vous). Le poète d’aujourd’hui n’a ni enregistré en studio, ni chanté en public, ni en privé, le moindre des soixante-quatre autres. Certaines, pourtant, sont d’un calibre identique. Au hasard, quatre perles : Personne ne saura jamais, Le bon Dieu est swing, Souviens-toi du beau rêve, Je pleure. Jean-Paul Liégeois, éditeur et auteur des annotations, de Premières chansons observe : «c’est grâce à ces vagues successives de recopies et de dépôts qu’a pu être conservée la trace des chansons écrites pendant la période». Nous sommes redevables à Liégeois, qui assembla notamment les Œuvres complètes de Georges Brassens (Cherche-Midi), de l’exhumation de ces 64 incunables. On se régale à découvrir combien quasiment tous contiennent en germe des dizaines de chefs-d’œuvre à venir.

En prologue, un article de Gabriel Garcia Marquez, paru dans le quotidien espagnol El País en novembre 1981, dans la semaine suivant la mort du géant (le 29 octobre). Voici les premières lignes : «il y a quelques années, au cours d’une discussion littéraire, quelqu’un demanda quel était le plus grand poète français, et je répondis sans hésitation : Georges Brassens.» Garcia Marquez évoque notamment l’année 1955, «quand il était impossible de vivre sans les chansons de Brassens». Le papier court sur quatre pages du livre. Chaque phrase du même tonneau.

En troisième de couverture, un CD avec 6 des chansons inédites interprétées par Yves Uzureau, fidèle et convaincant, comme il se doit!

Georges Brassens, Premières chansons (1942-1949), Cherche-Midi

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