Haut

Exclu / Roman / Raden Ayou de Sri Sambissari – 5

Exclu / Roman / Raden Ayou de Sri Sambissari – 5

(© Délit d’images)

Chaque vendredi,  prenez rendez-vous avec un chapitre de Raden Ayou.

(Si vous avez raté les  précédents, il vous suffit de taper Raden Ayou dans le moteur de recherche du site ou de choisir Raden Ayou dans nos rubriques.)

De Borobodour au palais du sultan, des plantations aux fastes de Batavia…

A travers le roman de Sri Sambissari, Délit d’images vous propose de découvrir la colonisation hollandaise, les paysages et subtilités de Java, dans un récit historique parfumé d’adages, saupoudré d’épices, de poisons et de sortilèges…

A la fin du XIXème siècle, sur l’île musulmane de Java, alors sous domination hollandaise, Lyah, une jeune aristocrate se révolte contre son milieu et un certain mépris colonial. Avide de liberté, elle combat ces traditions annihilantes qui transforment les femmes en nénuphar, enfermant entre autres les filles jusque’à leur mariage. Lyah use alors d’une arme rare voire dangereuse dans son univers: l’écriture…

(Pour être plus proches de leur prononciation, les mots javanais ou indonésiens n’ont pas leur orthographe exacte. Ainsi pour la plupart, une note renvoit-elle à leur traduction et orthographe exacte.  Certains termes  se doublant au pluriel, pour plus de simplicité, il leur a été ajouté un s en les transcrivant.)

Kéling, 20 août 1897

Toutes vêtues à l’identique, leur lourd chignon piqué de petites fleurs de jasmin, elles pénétrèrent dans la salle à manger l’une derrière l’autre. Tour à tour, les vingt servantes déposèrent leur plat sur la longue table. La cuisinière, arriva la dernière portant avec sa fille une somptueuse corbeille décorée de fleurs en piments et de rubans d’écorce de citron, contenant une pyramide de riz, surmontée d’un bouquet de pousses tendres de palmier. Jouant avec ses rangs de perles, madame de Houtman adressa un charmant sourire à Astouti pour la remercier encore du joli batik qu’elle venait de lui offrir le matin même.

Au passage, la jeune adolescente frôla discrètement de sa hanche la jambe de Cornélis. Frémissant de désir, Houtman évita son regard et frappa immédiatement  dans ses mains pour signifier au personnel de se retirer sur le champ.

Sur la grande nappe immaculée, brodée en son centre et à chaque angle de CH enlacés, les pâles orangés, jaunes clairs et ocres roux de chaque met composaient une délicate aquarelle, délicieusement parfumée. Eperdu de reconnaissance, François embrassa fougueusement la main de sa mère.

– Un rijstafell ! Tout cela pour moi. C’est un déjeuner de rajah ! Comment as-tu deviné qu’après te tenir dans mes bras, c’était mon second rêve ?

François était  revenu, Victorine était aux anges. Elle contemplait avec fierté son fils, devenu cet homme superbe, que deux ans à Paris avait transformé. Son François était vraiment une réussite, un bon liplap[1] comme disait Cornélis. Grand et fort comme un Hollandais, le même regard bleu que son père, sans cette corpulence et cette démarche de batelier batave. Élégant, discret mais bon vivant, Vito appréciait par dessus tout son tempérament si français…

– J’en ai rêvé pendant si longtemps de ce rijstaffel. Les tables françaises sont probablement, chère maman, les meilleures du monde mais j’avais parfois de terribles fringales de cuisine javanaise. Dieu sait si Paris est une capitale de gastronomes… par contre, des plats javanais là-bas… Réunir en un seul repas tout ce que la cuisine de ces îles a de succulent, voilà la meilleure invention hollandaise faite ici !

– La seule, je crois… ajouta Victorine, mutine.

– Entre autres, on a quand même extirpé ces îles de leur léthargie millénaire, s’indigna Cornélis.

– Cher papie, ce n’est pas l’opinion de tout le monde ! Tu sais qu’en France nous passons pour le peuple le plus mercantile d’Europe ! “De vrais épiciers ” ! me disait souvent mon camarade et major de promotion, Frédéric Castellane.

Houtman père s’emporta. Pillages, razzias, enlèvements, esclavages, brigands… les Hollandais avaient sauvé ces demi-civilisés du terrorisme qui y régnait et de leur paresse naturelle ! Ils leur avaient appris à cultiver autre chose que du riz. Le gouverneur van den Bosch avait nourri ces abrutis d’inlanders[2], comme en trois ans d’occupation française, le maréchal Daendels avait oxygéné l’île en leur faisant construire la grande route. D’Anyer à Banyouwangi, d’un bout à l’autre de Java, huit cents soixante-quatre piliers. D’accord ! Mais sous chaque pilier combien de cadavres ? Lorsque le village n‘avait pas terminé le travail dans le délai imparti, quatre soldats et un sergent s’emparaient des chefs et les pendaient. Que François était naïf ! Peut-être pensait-il que ces sauvages étaient plus doux entre eux. Exactions et abus de pouvoir sur la caste inférieure n’étaient pas des importations hollandaises !

Un sourire au coin des lèvres, commentant certaines phrases d’un vague mouvement d’épaules, Victorine de Houtman remplissait à nouveau les assiettes de ses hommes. Leurs éternelles prises de bec sur la colonisation l’amusaient beaucoup, surtout depuis que leur fils manifestait des idées proches des siennes et tenait tête à son père. François avait raison : une politique coloniale saine ne devait pas enrichir la métropole en  tyrannisant le peuple.

– La tyrannie, c’est du passé ! Ils l’ont conjuguée à tous les niveaux de javanais pendant des siècles. Grugés, exploités, volés par leurs sultans ! Tu sembles avoir oublié leur redoutable système féodal.

– Les princes possédaient la terre et le pouvoir de commercer avec l’étranger. Le peuple devait au despote local un cinquième des revenus du sol mis à sa disposition et un jour de travail dans une semaine qui en comptait cinq. Cela ne te rappellerait pas les cultures forcées ? Et ce n’est pas fini. Les directives gouvernementales font quand même la part belle aux plantations et cultures d’exportations au détriment des rizières.

– Les villageois n’ont qu’à louer moins de terres.

– Ils ne peuvent pas faire autrement. Le peuple meurt de faim, il n’y a que les priyayis qui s’en sortent !

– Au moins maintenant, le gouvernement leur offre tout leur apparat, parapluie doré, cohortes d’esclaves… ils gagnent presque autant qu’un résident et on les surveille enfin de près ces pachas décorés.

– Le Javanais est très sensible à la magnificence, il ne comprendrait pas que son seigneur n’ait pas un train de vie fastueux.

Cornélis partit d’un rire cynique. Ni Allah ! Ni Bouddha ! Vénérer leur boupati, voilà leur véritable religion !

– Boupati aux ordres de l’assistant-résident, lui même aux ordres du gouverneur général. Une autorité déguisée, voilée, pour mieux exiger.

– Ils peuvent bien obéir un peu aux Hollandais. Ils ne sont heureux qu’en se traînant accroupis et baisant les pieds de leurs priyayis ! On ne leur en demande pas autant. François s’insurgea. Leur soumission inconditionnelle procédait du fait qu’ils ignoraient le morcellement du pouvoir. Que leur boupati veuille leur kris, leur femme ou leur récolte, les Javanais s’exécutaient. Le système hollandais était calqué sur celui des sounans. Les Indes Orientales étaient devenues une prolifique exploitation où quelques cinquante mille Hollandais faisaient obéir au doigt et à l’œil vingt-cinq millions de corvéables. Et désormais, ce n’était même plus pour enrichir leurs boupatis.

Vraiment son fils rêvait ! Les priyayis étaient toujours très copieusement servis au passage. Les villageois du kampoung étaient donc bien plus heureux sur la plantation, payés… Chez Cornélis de Houtman, ce n’était pas Hongerloon[3]! Ils ne faisaient plus de corvées obligatoires, mangeaient à leur faim et avaient appris un métier. Appris, appris, c’était vite dit ! A peine arrivé, François avait fait un tour sur la plantation. Et en matière d’hévéas, il ne supportait pas le moindre laxisme. L’entretien laissait sérieusement à désirer. Il fallait vraiment surveiller les encoches et les chefs d’équipe de plus près, il y avait un peu trop de sernambys[4]. Sans parler des caoutchoucs d’écorce sur les troncs ! Couvrant  son crâne de ses mains carrées, Cornélis leva les yeux au ciel, excédé. Presque cinq cent mille hévéas, cinq mille employés… Il ne pouvait être partout ! C’était le travail de Koelien et des contremaîtres de superviser les chefs d’équipe.

– Tu devrais leur donner des primes au rendement.

– Ils ont  une certaine somme d’argent pour effectuer une tâche précise.

– Ce n’est pas suffisant. Il faut les intéresser, au propre et au figuré, tant qu’on les traitera comme des demi-esclaves… Vois ce que Touggoung Wouloung a réussi à leur faire faire.

– Je ne crée pas de nouveaux villages à vocation religieuse, en défrichant la jungle, je dirige une plantation ! Ce n’est donc pas comparable. Lui c’était un mage chrétien. Il avait en outre un grand pouvoir charismatique dont il savait se servir, c’était impressionnant.

– Surtout, il aimait ceux avec lesquels il vivait. Toi tu les méprises.

–  C’est faux ! Et quoique tu en penses, mes semi-esclaves préfèrent sarcler, faire des encoches et du caoutchouc à Kéling que de subir des corvées et crever de faim grâce à leur boupati.

Il y avait boupati et boupati, Sasraningrat par exemple. Cornélis haussa les épaules, avala un peu de bière. Un boupati comme les autres, calme car surveillé de près par le résident qui n’était pas homme à fermer les yeux. En revanche, quand il avait les coudées franches… François n’avait qu’à interroger sa mère.

Perdue dans ses pensées, madame de Houtman contemplait la jolie gourmette d’or de chez un grand bijoutier de la place Vendôme que son fils lui avait rapportée. Attrapant  sa manche de soie lilas, Cornélis lui secoua le bras.

– Vito, parle de la fille de Sasraningrat…

– Tu te souviens de Lyah ?

S’il s’en souvenait… En quatre ans, François n’avait pu jamais oublier ce regard de biche désespérée. Sans jamais être parvenu à s’en expliquer la raison, il y pensait très souvent.

– Elle est enfermée depuis qu’elle a quitté la classe de Pétronilla Schoute, poursuivit Victorine. Mina Stapel m’a dit que dans sa solitude, elle en venait à parler avec ses roses. Joyeuse existence…

– Pauvre petite fille.

– Ce n’est plus une enfant. Elle a seize ans, l’âge de Prudence. C’est une jeune fille brillante qui aurait pu aller loin. Elle étudie beaucoup. Lyah est, paraît-il, très préoccupée par le sort des femmes javanaises.

– Il nous manquerait plus qu’une Louise Michel basanée !

– Justement, Cornélis, ça leur manque !

Il ne fallait quand même pas trop s’en faire. Ce n’était qu’une inlander !  Elle avait été élevée pour cela. Le dipingit, c’était son destin. Takdir, comme disaient les Javanais. Son boupati de père allait vite et bien la marier et elle aurait une somptueuse vie de princesse basanée. Calmement, François reposa sa fourchette dans l’assiette presque pleine, cette nouvelle lui avait coupé l’appétit.

– D’après ce que maman raconte, Lyah ne semble pas considérer que c’est takdir.

– Les Stapel m’ont rapporté qu’elle vivait très mal son confinement. Il paraît qu’on l’a empêchée de se suicider plusieurs fois.

– Et ses parents acceptent cela sans broncher ?

Secouant ses larges épaules, Cornélis ricana de nouveau, triomphant :

– Je te l’avais dit. La ilah illa Allah… Moderne, moderne, le boupati, c’est avant tout un musulman javanais et que tu le veuilles ou non mon fils…

– Heureusement, que les choses bougent un peu pour eux à Den Haar.

Houtman père frappa du plat de sa main la grande table, faisant vibrer verres et assiettes:

– Brandissant les droits de l’Homme, ne comprenant rien à la mentalité javanaise, tout en théories, je ne sais pas quelle catastrophe nous mijotent les amis de Brooshoof et les progressistes de ton espèce avec leur courant Éthique, mais nous avons  intérêt à ouvrir l’œil!

Cette fois, elle ne laisserait pas faire. On n’enfermerait pas Soun ! Elle ne l’accepterait jamais ! Tel un tsunami, Lyah déferla dans la chambre de Katmi. Les coins de sa bouche s’affaissèrent légèrement en constatant que Rosny et Soun n‘y étaient point.

– Toutes mes félicitations pour votre mariage.

– Que veut dire Lyah ?

– Il est de bon ton, semble-t-il, de feindre l’ignorance… Toutefois, puisque tout le kaboupaten le chuchote, votre sœur a pensé qu’il serait heureux que vous soyez enfin avisée de votre union avec le boupati de Pourwodadi. D’ailleurs, il était grand temps, vous alliez bientôt avoir dix-huit ans…

Viscéralement soumise à la tradition, Katmi feignait d’ignorer son prochain mariage. Indifférente, elle continua à piquer de-ci de-là des glaïeuls orangés dans une grande gerbe de fleurs posée sur une table basse.

– Vous vous mariez bien ? Ce n’est pas le bruit du vent ?

– La ilah illa Allah… Refuser un mariage est le plus grand péché qu’une musulmane puisse commettre. Le sommet de la honte pour une jeune fille et sa famille.

–  Evidemment ! Qu’est ce qu’une femme ? Un nénuphar ! Ils n’ont pas davantage de considération pour nous que pour un nénuphar !

Alors pourquoi se taire ? L’amour était un conte de fée dans le monde javanais, n’est-ce pas… Exultons ! Jamais, Lyah ne pourrait aimer ! Comment estimer un homme qui vous épouse de force et quand il est las de la mère de ses enfants, introduit chez lui une autre femme légalement mariée, sans même que la première en soit avisée auparavant. Le mariage, c’était encore pire que le dipingit !

Peu expansive, Katmi avait toujours préféré la solitude. Les incursions intempestives de sa jeune sœur, ses furies volcaniques, l’exaspéraient au plus haut point. Ses lèvres bien dessinées affichaient un  mépris souverain. Assise sur un épais tapis de soies mordorées, Lyah se releva comme si elle avait été posée sur un ressort.

– Et si nous parlions des mariages d’enfants ? D’après le dicton, cœur mûr ne se laisse plus pétrir, alors on décide de leurs vies très tôt, surtout pour ne pas prendre le moindre risque qu’ils fassent un mariage selon leur cœur et qu’ils soient heureux.

– Vous n’avez toujours pas compris que le mariage concernait un milieu, non des individus isolés. Le mariage est le fruit d’un accord entre deux familles d’un même groupe social, non l’union de deux égoïsmes menaçant cette cohésion. C’est pour cela que refuser de se marier est un grand péché.

– C’est aussi scandaleux que la répudiation unilatérale ! Un mari peut tromper sa femme, mais si madame éprouve quelques faiblesses, elle est jetée dehors comme une vulgaire servante dont les services ne satisfont plus monsieur !

– Une femme aussi peut demander le divorce en faisant valoir le non respect du talik.

Le talik! Cette soit-disant formule magique qui suspendait le mariage si monsieur ne remplissait pas telle ou telle condition précisée lors de la cérémonie. Des formules… des théories que toutes ces fausses promesses. Les femmes devaient ensuite prouver à des arbitres masculins le bien-fondé de leur plaintes et on n’en connaissait que trop les résultats.

Lyah regarda Katmi presque sous le nez. Un adat juste ? Tout pour les hommes et rien pour les femmes ! Voilà où était le péché ! Elle le qualifierait éternellement de péché, comme tous les actes qui torturaient autrui. A ce sujet, que disaient les bruits du vent ? Un autre dipingit pourrait encore se commettre… on allait incarcérer Soun.  Ah ! Obéir à la tradition n’était pas un crime ! La jeune fille fulminait, ses yeux lançaient des éclairs. Bien protégée par les remparts de l’adat, cette cruauté persistait à cause de la stupidité de femmes consentantes comme Katmi. Si elle acceptait sans broncher d’être transformée en argile pour être livrée à des mains qui la modèleraient selon leur bon plaisir, Lyah le refusait et leurs sœurs avec ! Dans sa colère, elle s’était mise à la tutoyer, lui parlant bas-javanais. Sortant de son apparente indifférence, Katmi la fixa très durement.

– On ne peut s’opposer à notre devoir.

– Devoirs ! Devoirs ! Devoirs ! Jamais de droits ?

– Celui d’assumer son devoir.

– Assez ! J’en ai suffisamment supporté les conséquences ! Et puisque Mère t’écoute plus volontiers que moi, tu vas lui parler, c’est ton devoir. Ce que tu n’as pas su faire pour Rosny et moi, tu vas le faire pour Soun où je te promets une révolution !

Décidément, ces écrits venus de l’ouest perturbaient Lyah. Au contraire, ils disaient vrai et avaient raison de faire savoir que des gens aussi arriérés existaient encore. Ils avaient raison de dénoncer le dipingit et le sort fait aux femmes ! Et demain, Lyah en ferait autant !

Froissant nerveusement la manche de son kébaya de dentelle couleur de mangue, outrée par ce manque de retenu, Katmi lâcha sèchement:

– Laissez-moi, je vous en prie, je suis Javanaise.

– Parce que moi, je suis Hollandaise ? On peut-être Javanaise et cultivée ! Javanaise et travailler ! Javanaise et spontanée ! Tu mélanges tout Katmi. Tu transmets le message à Soukatnen ou je m’en charge ? Soun ne sera pas confinée, tu peux me faire confiance ! C’est son droit et mon devoir!

Lyah était révoltée, elle venait de tenter le tout pour le tout, sans grand espoir. Cependant, Widjaya Koussouma n’avait pas fleuri… Pourtant, il n’y avait aucune raison pour que Soun ne soit pas, elle aussi, enfermée. Ce serait la troisième… après viendrait Marsi!

Rose, orangé, parme, le ciel se paraît de son camaïeu de fin de journée, Mata hari allait bientôt partir se coucher… Un repos bien mérité après douze heures de labeur intensif que même aucun de ces petits nuages facétieux, qui vagabondaient là-haut, n’avait osé interrompre. Pour retrouver un semblant de quiétude, Lyah usa de la médication qui avait sur elle l’effet le plus apaisant. Nour disait vrai en la traitant de pou de bibliothèque. Assise en tailleur sur un banc de pierre grise, près de la volière où roucoulaient ses tourterelles aux pattes ébouriffées, Lyah lisait au jardin avant que la nuit n’arrive. Elle achevait un opuscule qui traitait de l’histoire antique. Égypte, Grèce, Rome… La mythologie la fascinait. D’ordinaire, ses faveurs allaient aux sciences, les livres d’histoire l’attiraient assez peu, leur rédaction lui semblait trop souvent aride, factuelle, privilégiant les dates sur les hommes.

Un bruit sourd contre la porte donnant sur la ruelle lui fit lever l’oreille. Ces coups répétés sur ces battants qui s’ouvraient si rarement, la surprirent. Lyah s’en approcha pensant que le garde qui la surveillait rencontrait un problème.

– Que se passe-t-il ?

– Je peux vous parler ?

C’était une voix d’homme s’exprimant dans le plus parfait hollandais.

– Lyah, c’est bien vous ?

– Oui. Qui est là ? chuchota la jeune fille de crainte d’être entendue par un membre du kaboupaten.

François de Houtman !

Il n’y avait donc pas de garde ? Incité à la promenade par quelques florins, il s’en était allé…

– Je devais absolument vous entretenir seul à seul.

– Avez-vous un ennui ?

Mordant ses joues, Lyah jeta un regard inquiet en direction de sa chambre.

– Vraiment, vous ne pouvez pas ouvrir cette porte ?

– C’est impossible et je ne le dois pas.

Le visage quasiment collé contre le panneau de bois, le jeune Houtman articulait chaque syllabe pour être sûr que Lyah le comprenne. Certes, elle ne le devait pas  mais ce n’était pas impossible.

Le battant droit s’ouvrit et se referma aussi vite. Lyah reconnut ce sourire éclatant et ses deux yeux bleu Ming. Il n’avait pas changé… Elle n’avait pas grandi et dans son costume de toile blanche, il lui parut encore plus immense. François brandit une énorme clé.

Il était désolé de devoir s’imposer ainsi. Toutefois, c’était la seule la seule façon de s’entretenir avec elle. Bi Kwat Thiem, son jardinier, était un homme méticuleux qui possédait le double de chaque clé et si nécessaire, la prêtait à ses amis. Houtman ne se souvenait que de ses yeux et fut très surpris de se trouver devant ce ravissant visage de poupée malicieuse. Si Lyah n’avait plus un regard de biche désespérée, ses mains, qui se croisaient et se décroisaient sans cesse, trahissaient son inquiétude. Surtout qu’elle n’ait crainte, nul ne l’avait vu, nul ne le verrait. Se pliant presque en trois, le jeune planteur disparut aussitôt dans la haie de petits arbustes, derrière le banc de pierre grise.

– Asseyez-vous, reprenez votre livre, lui conseilla-t-il d’un ton rassérénant. Faites semblant de lire à haute voix ou de parler seule.

– Partez, je vous en prie.

– Il faut m’écouter jusqu’au bout, après quoi vous déciderez.

Cette détermination paisible rassura presque Lyah.

– Depuis toutes ces années, je ne vous ai pas oubliée. Apprenant votre dipingit, j’ai pris la décision de vous libérer.

Entre timidité et étonnement, elle écarquillait les yeux en mordillant son index.

– J’ai trouvé la solution. Je vais vous épouser.

Lyah eut l’impression que vingt noix de coco venaient de choir sur son crâne, d’un coin de son écharpe, elle sécha les perles de sueur de son visage.

– Mais c’est impensable, je suis Javanaise… balbutia-t-elle.

– N’ayez crainte, vous ne serez ma femme que le temps indispensable à l’ouverture  de votre cage. Après, je vous emmènerai en Hollande ou en France et vous y ferez les études qui vous plairont. Lyah, sauvez-vous. Profitez-en.

– Je dois respecter l’adat et les décisions de mon père.

Les yeux plissés, le jeune homme fixait sa nuque comme pour mieux la convaincre de la force de son regard. Il était le fils du plus riche planteur de la région. Qu’au moins l’argent acquis sur cette île serve à sauver des Javanais ! La fortune des Houtman était bien supérieure à celle de beaucoup de boupatis, sous peu, il demanderait donc sa main à Sasraningrat. Lyah fronçait le nez et les sourcils, elle semblait très contrariée.

– Ce serait regrettable.

– Vous craignez qu’il accepte. Il m’estime beaucoup, je le sais… chaque fois que nous nous rencontrons, il est charmant avec moi.

– Je veux conquérir une véritable liberté et je tiens à la conquérir seule. J’ai déjà résisté quatre ans au dipingit et à un mariage forcé, je ne sortirai pas d’ici pour un simulacre de mariage et un nouveau dipingit.

– Je ne sais si ce mariage serait aussi faux que vous  le pensez…

Faute de pouvoir disparaître sous terre, la jeune fille rentra la tête dans ses épaules. Une étincelle malicieuse jaillit dans ses prunelles, elle venait de trouver la parade :

– Je n’ai que seize ans et ne compte pas me marier de sitôt. J’ai bien d’autres projets. Revenez me voir dans huit  ans, alors j’aurais peut-être envie de m’appeler Lyah de Houtman.

Elle n’avait entendu aucun bruit cependant, dans le kaboupaten personne ne portait de chaussures. Cependant, une intuition tenace lui répétait que quelqu’un venait de pénétrer dans sa chambre… Sa sœur aînée !

– François, je vous en supplie, allez-vous en, Katmi arrive.

La jeune fille  joignit ses deux mains au milieu de son front pour lui dire au revoir et l’inciter au départ.

– Sous peu, vous sortirez d’ici, je le jure ! Nous nous reverrons très bientôt radèn adjeng Lyah.

Depuis les dépendances de la grande maison des maîtres, où Astouti logeait avec sa mère, il lui fallait marcher longtemps pour atteindre leur lieu de rendez-vous. Sous prétexte d’aider au ménage des bureaux, comme l’avait réclamé Cornélis, elle s’en allait vers cinq heures du matin pour y parvenir deux heures plus tard. La jeune fille traversait la plantation, se cachant des coolies, pour éviter que  Djatmiko, sa mère ou Victorine de Houtman n’apprennent qu’elle était partie en sens opposé à la fabrique.

Après les derniers hévéas, vers le fort des Portugais, sauvage, désordonnée, toujours tentaculaire, la jungle avait conservé son territoire, à l’exception d’un espace nettoyé où s’élevait un vieux hangar de briques brunes que Houtman avait fait réparer, pour avoir, disait-il, un toit  à la saison des orages…

A quelques mètres, des singes roux se balançaient de liane en liane. Au milieu d’une nuée de papillons aux ailes de pierres précieuses, perché sur bambou géant, un gonggong vert à bec rouge poussa son cri mélancolique.

– Touan, je te tiens jusqu’à après ma mort! Tu  m’oublieras jamais.

Avec une petite branche sèche, Astouti creusa la terre au pied d’une énorme fougère arborescente, avant d’y enfouir quelques cheveux blonds arrachés la veille, pendant ces instants d’égarement où Cornélis perdait la tête… Pour la première fois de sa vie, elle avait un semblant de pouvoir. Désormais, elle était sûre de le préserver à jamais.

Près d’une petite source limpide, l’adolescente cueillit quelques orchidées sauvages qu’elle piqua dans sa tresse. Seule les femmes mariées étaient autorisées à parer leurs cheveux de fleurs. Mais n’était-elle pas déjà une femme?

Elle ôta ses vêtements, les replia méthodiquement, plongea le bout de son pied menu dans le  bassin entouré de gros cailloux où s’écoulait la source et pénétra dans l’eau en offrant quelques orchidées aux génies. Puis, elle tendit le bras pour attraper le flacon oublié sur le bord et le jeta dans l’eau selon les préceptes du doukoun de  Kadjar.

– Déjà, un batik Parang Roussak habite chez toi et avec ça en plus, tu partiras vite, nyonya Victorine. Alors, mon plat de riz va gonfler, c’est Astouti qui va être la radèn ayou de Kéling. C’est Astouti qui va mettre tes beaux colliers de perles tous les jours!

Les mains en corolle, elle s’arrosait, massant doucement son buste pour y faire pénétrer la fraîcheur. Ébloui par le spectacle de ce corps de cuivre irisé de gouttelettes, Houtman attacha son cheval au tronc d’un bananier sauvage au feuillage taché de roux. Debout au milieu de l’eau cristalline, Astouti le regarda approcher les paupières baissées, joua au chat honteux, le sourire faussement timide. Deux bras solides l’arrachèrent à la caresse de l’onde. Cornélis emprisonna de sa large bouche les petites lèvres et  la porta  blottie contre lui jusque au matelas de kapok rapiécé qui gisait sur le sol de terre rougeâtre du hangar.

– Pour toujours à touan… murmura-t-elle, en déboutonnant la chemise humide de Houtman.

– Alors, c’est demain que tu me quittes pour le Kaboupaten ? J’ai réglé tes problèmes. Siska ne t’ennuiera plus.

– Merci touan de m’avoir débarrassée de cette bouche pourrie. Il était temps, elle m’avait menacée de tout dire à Kartika. Elle avait compris. Maintenant qu’elle a la terre pour oreiller…

Stupéfait, Houtman planta son regard bleu dans celui d’Astouti. Mais il ne l’avait jamais faite assassiner! Un bon coup de semonce conjugué à la menace de renvoyer les nombreux membres de sa famille qui travaillaient sur la plantation avaient largement suffit à lui faire peur.

– Elle  a été retrouvée dans un trou. Là où c’était, Siska a pas pu y aller seule.

– Qui a pu commettre un tel acte?

– Alors, c’est quelqu’un du kaboupaten. Pas le boupati, pas Kartika, pas Lyah…

– Pourquoi pas Lyah ?

– Elle est si gentille, c’est la seule que j’aime vraiment! Un jour, je lui dirai tout.

– Et à moi, tu n’as toujours pas tout dit.

– C’est radèn ayou Housniah, s’écria Asouti. Elle déteste Siska parce qu’elle protège tout le temps sa maîtresse, la maman de Lyah. Siska morte, elle pourra faire plus de choses, plein de choses  méchantes !

Cornélis voulut en savoir davantage. Astouti raconta ce jour où elle faisait la poussière chez Housniah… Elle avait essayé l’une de ses somptueuses bagues de diamants de Bornéo, oubliée sur une table et la radèn ayou, arrivée sur ces entrefaites, avait été persuadée que la petite servante voulait la voler… Il savait ce qu’il advenait des voleuses… Battues à mort. Housniah lui avait alors proposé un marché, elle ne se plaindrait pas au boupati mais Astouti devrait lui obéir au doigt et à l’œil.

– C’est comme ça qu’elle m’a donnée à Kartika pour surveiller.

– En plus, tu es une espionne !

– Surtout quand le boupati vient, il faut que je vois tout et que j’entends tout. Beaucoup de fois, je comprends rien, ils parlent le haut-javanais des priyayis. Alors, j’invente ce qui fait le plus gonfler sa rage, comme ça elle a encore besoin de moi et me donne des cadeaux. C’est Housniah qui m’a forcée à couper des cheveux du petit Widodo. Je savais pas que c’était pour faire la poupée qui tue. Mais c’est pas moi qui l’a mis sous mon lit. Heureusement, c’est fini, Astouti peut plus repartir là-bas.

La jeune fille arracha une orchidée rose de sa tresse et la lui tendit. S’agenouillant, elle posa sa joue sur l’épaule de son amant, au plus près de son oreille. Aujourd’hui, c’était Astouti qui allait faire un cadeau à touan. Astouti allait lui donner un enfant.

– Quoi !

Cornélis blêmit, la repoussa pour lui faire face. En avait-elle averti sa mère ? Astouti avait trop peur. Houtman se rassura un peu, retrouva un semblant de couleur. Elle devait donc épouser Djatmiko tout de suite ! Le soir de ses noces, elle ferait semblant…

Semblant… Astouti répétait une à une ses paroles, caressant doucement son torse à celui de son amant. Cornélis insista, elle ferait comme si c’était la première fois et il ne saurait rien. La jeune adolescente secoua vivement sa tête. L’enfant aurait la jolie couleur de touan, elle avait même rêvé de ses yeux, comme le ciel. Tout le kampoung allait crier que ce n’était pas le fils de son mari. Et Djatmiko… il était terrible, un fils de pirate, violent et sans peur. Le cocher de la radèn ayou serait bien content de faire ce que lui dirait Cornélis et il serait riche… il pourrait même quitter le kaboupaten pour réaliser son rêve et ouvrir un magasin à Sémarang.

Enserrant de ses mains les deux hanches fines, Houtman attira la très jeune fille à lui.

– Tu es enceinte depuis combien de temps ?

– Presque deux lunes…

– Et tu le dis maintenant, alors qu’on aurait pu arranger ça. Petite folle !

Astouti n’avait pourtant rien négligé pour faire partir l’enfant. Elle avait même bu le jus d’un ananas vert chaque jour, ce qui était un terrible poison pour le bébé. Elle avait ingurgité autant de bols de cette amère décoction de barbiflore! Hélas, le fils de touan n’avait pas voulu le quitter.

– Tu m’as bien dit deux mois ?

–  Encore un peu de jours et ça fait deux lunes.

– Deux lunes… ça tombe bien. Tu vas faire exactement ce que je te dirai.

– Ce que je te dirai… répéta la jeune fille, avant de baisser ses paupières pour savourer les lèvres tièdes qui parcouraient son ventre et plus encore, la main douce qui promenait un collier de perles sur le haut de ses cuisses.

Un murmure de voix, une mélopée en sourdine berçait la nuit étoilée… Assise sur ses mollets, la lectrice du kaboupaten chantait, plus qu’elle ne lisait, un kidoung, long poème à la gloire des héros de jadis. Volutes bleutées, vapeurs vanillées… dans un brûle-parfum, le benjoin lentement se consumait.

Immobile dans un fauteuil, Lyah se laissait transporter par la magie du langage des fleurs, ces anciens chants javanais dont la beauté s’enracinait dans l’amour, la fougue des princes et princesses des temps ancestraux. Entouré par Housniah et quatre de ses filles, Sasraningrat écoutait s’achever le récit. Plus loin,  parmi la foule de la suite, assise sur des nattes vives, presque dissimulée derrière un pilier du pendopo, Kartika essayait de faire oublier sa présence. Mais comme toujours, Sasraningrat la devina et tourna discrètement la tête en sa direction. Kartika baissa les yeux pour dissimuler son bonheur. Ce soir encore le boupati accompagnerait sa nuit, sa main reposerait  sur son cœur… Discrètement, elle s’éclipsa aussitôt pour vérifier que sa demeure était digne de recevoir le maître, sans remarquer que du coin de l’œil, Housniah avait tout épié.

La lectrice refermait le gros livre écrit en caractères javanais que si peu savaient encore déchiffrer. Le sourire glacial, la radèn ayou s’inclina vers son époux. Sasraningrat fit semblant de ne pas noter ce changement d’humeur.

– Boupati ne semble plus avoir besoin de moi pour ce soir, puis-je me retirer ?

– Salut à votre nuit, Housniah.

Sur un signe autoritaire de Katmi, ses quatre filles s’accroupirent tête baissée, pendant que la radèn ayou, le port plus altier que jamais, quittait la pièce, précédant ses suivantes qui avançaient courbées.

– Mes enfants, l’heure de rêver s’avance.

Soun, Rosny et Lyah se précipitèrent pour embrasser leur père, ravies de narguer leur aînée, toujours aussi allergique à cette vulgaire spontanéité occidentale.

Le violent orage du début de soirée avait rafraîchi l’atmosphère. La Reine de la Nuit éclairait le ballet des petites chauves-souris noires qui volaient au-dessus des bassins. Comme tous traversaient le grand salon aux canapés et fauteuils mordorés pour rejoindre leurs chambres, Sasraningrat posa sa main sur le poignet de Lyah. Il avait à lui parler. Une joie malicieuse pétilla dans ses prunelles, puis le regard noir s’emplit de points d’interrogation.

– Je n’aime pas tellement les pâtisseries européennes, cependant, je dois te féliciter pour ta succulente tarte à l’ananas !

– C’est le dessert préféré de votre fille. Une recette de Mina.

– Madame Stapel est une admirable maîtresse de maison.

– Aussi, ne vous faites aucun souci pour l’avenir de votre enfant, elle lui enseigne tous ses secrets. Votre enfant pourra devenir cuisinière, elles ont toujours du travail.

Un nuage de tristesse affaissa la mâchoire de Sasraningrat. Le boupati tourna et retourna longuement sa bague, son enfant d’or persistait à vouloir le quitter… Lyah ne voulait pas que son père se méprenne, elle ne le fuyait pas, il lui fallait devenir indépendante, apprendre un métier et surtout éviter un mariage forcé. Toutefois, cette  insatiable soif d’apprendre ne l’empêcherait jamais de demeurer sa fille.

– Il faut que les choses changent, que vos filles puissent étudier sans que tout le monde vous condamne. Non seulement vos filles, mais tous les enfants de Java !

– Justement, puisque tu parles de changement…

Sasraningrat ouvrit une lourde armoire surchargée de sculptures et de dorures, en sortit une épaisse liasse de papiers et lui tendit un décret, au terme duquel aucun enfant indigène ne pouvait être admis dans une école, s’il ne parlait déjà  hollandais. Lyah sauta sur place. Très habile ! Ce texte devait satisfaire tout le monde. Les priyayis frileux qui redoutaient de voir leurs privilèges s’effilocher si le peuple se cultivait et les albinos rétrogrades, qui avaient peur que tous les pains d’épices, sachant lire et écrire, les jettent à la mer pour leur faire regagner leurs polders à la nage. Ce satané pays de singes avait encore droit à un traitement de faveur… Comme d’habitude ! Les priyayis voulaient tout pour eux. Ce qui faisait bien l’affaire du gouvernement, qui les protégeait et les soutenait! Les Indes pour les Indes ! Jolie formule ! Multatuli avait raison de dire qu’en Hollande existaient deux partis politiques avec des principes opposés: le parti conservateur et le parti libéral. Le premier avait pour devise: tirer tout le profit possible des Indes, le second : tirer des Indes tout le profit possible. En vérité, enrichir encore et davantage les Hollandais et surtout appauvrir ces stupides inlanders, sans les aider à se développer. Et les premières à en souffrir seraient encore les femmes !

– Calme-toi petit volcan.

– Je ne suis que le cent vingt-deuxième de Java…

Sasraningrat sourit derrière sa moustache.

– Heureusement, tous  ne sont pas ainsi, ma Lyah ! J’avais envoyé ton article sur les traditions du batik à l’institut Royal pour la Géographie. Il a été publié dans leur bulletin. En voici les tirés-à-part.

– Votre fille vous en remercie infiniment. Son premier article…

Lyah serra la publication contre son cœur.

– Ton talent est reconnu et pas par n’importe qui !

– Plus les Hollandais, nous connaîtrons, moins ils nous mépriseront. Les albinos d’ici racontent n’importe quoi à leurs frères restés sur la Terre Froide. Il faut leur faire savoir que nous ne sommes pas des sauvages, que nous avons une vieille et véritable culture.

– Tu peux toujours essayer…

–  En tous cas, la publication de cet article est une merveilleuse surprise !

– Une autre t’attend bientôt.

– Peut-on savoir ?

– J’ai dit: une surprise.

Les yeux pleins d’amour, Sasraningrat avait le ton mystérieux de ceux qui n’en diraient pas davantage.


[1] Liplap : littéralement  bariolé, c’est-à-dire métis.

[2] Inlander : indigène en néerlandais.

[3] Hongerloon  : salaire de misère, expression qui voulait dire que les ouvriers étaient payés moins qu’un bol de riz.

[4]Sernambys : pellicules de latex coagulé qui reste sur l’encoche.

Unknown-5

Delit D'images
Pas de commentaires

Les formulaire de commentaire est actuellement fermé.

Traduire le site »

Nous utilisons des cookies pour vous offrir la meilleure expérience en ligne. En acceptant, vous acceptez l'utilisation de cookies conformément à notre politique de confidentialité des cookies.

Privacy Settings saved!
Paramètres de confidentialité

Lorsque vous visitez un site Web, il peut stocker ou récupérer des informations sur votre navigateur, principalement sous la forme de cookies. Contrôlez vos services de cookies personnels ici.


Nous utilisons Google Analytics pour réaliser des analyses statistiques sur l'audience.
  • _ga
  • _gid
  • _gat

Refuser tous les services
Accepter tous les services