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Dans la peau d’une domestique anglaise

Dans la peau d’une domestique anglaise

Les éditions Payot viennent d’éditer, pour la première fois en français, les reportages d’une journaliste américaine, Elizabeth L. Banks (1872-1938), dans la société victorienne à Londres. Pour connaître le véritable sort des domestiques… elle entre véritablement dans le rôle, se faisant engager comme femme de service ou blanchisseuse à l’aide d’une petite annonce. Pas de tricherie : elle assure le travail, et ce qui l’intéresse est de pouvoir discuter avec ses collègues, de retenir leurs impressions. Elle ne part avec aucune idée préconçue et rend compte de ses découvertes : elle a eu affaire à une maîtresse désagréable, maltraitant ses employées, mais aussi à une autre qui, au contraire, cherche leur confort… et ne récolte qu’ingratitude. Evoquant son rôle de blanchisseuse, elle offre un passage amusant sur les vêtements féminins, se moque du féminisme et de ce qu’elle appelle « la nouvelle féminité ».

Elle se fait aussi passer pour une riche héritière en quête d’un beau nom, et le récit de ses rencontres ne manque pas d’humour : elle veut démontrer à ses amis anglais que, contrairement à ce qu’ils avancent, les Anglais sont aussi attachés à l’argent que les Américains, et sensibles ô combien à la puissance du dollar. Nombreux sont les aristocrates qui cherchent à redorer le blason, ou les femmes de la haute société prêtes à chaperonner des inconnues pour les y introduire moyennant finances. Elizabeth s’amuse aussi de la toquade de ses compatriotes recherchant à tout prix (au sens propre du terme) des ancêtres titrés.

Expériences similaires

En 2013, les éditions Payot ont édité la traduction des Tribulations d’une cuisinière anglaise, où Margaret Powell raconte son expérience comme telle dans l’entre-deux-guerres. La meilleure façon pour un reporter d’explorer la difficulté d’un métier n’est-elle pas de l’exercer ? Florence Aubenas, journaliste à Libération, a eu la même réaction pour son reportage sur la vie des femmes de ménage : en février 2009, enfouie à Caen où personne ne l’a reconnue – alors qu’elle avait été otage durant cinq mois en Irak en 2005 et que sa photo était à cette époque diffusée chaque jour à la télévision –, elle a été employée dans une entreprise de nettoyage, rencontrant les sans-dents de Hollande ou les Gilets jaunes de Macron avant l’heure.

Le livre d’Elizabeth Banks, plein d’humour, est un bon complément à la lecture des ouvrages de Dickens ou des études de Chesterton sur la société victorienne.

 

  • Dans la peau d’une domestique anglaise, Elizabeth L. Banks, éd. Payot, 256 pages, 20 euros.

Anne Le Pape – Présent

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