Connaissez-vous Sainte Nitouche?

Connaissez-vous Sainte Nitouche?

La formule est souvent entendue pour qualifier une femme faisant preuve d’une excessive pudibonderie. Mais d’où vient-elle ?

Aucun pape ne l’a canonisée. Aucun calendrier ne l’a jamais célébrée. Son prénom même, n’existe pas. Et pourtant, combien de fois l’avons-nous entendu chuchoter par moquerie? Cette femme que l’on désigne sous le nom de «Sainte-Nitouche», c’est la prude. Ou du moins, la pudibonde qui sous des airs angéliques, cache des moeurs légères. Mais d’où vient cette bienheureuse expression? Le Figaro revient sur son histoire.Une histoire qui bien loin de prendre ses sources dans l’esprit taquin de l’homme du XXIe siècle, nous replonge dans celui de l’individu facétieux et blagueur du XVIe siècle. La première apparition notable de cette expression se trouve en effet sous la plume de Rabelais. D’aucuns se souviennent par exemple du «torche-cul» de l’auteur, de la locution «mouton de Panurge» ou encore du mot savant «agélaste» pour qualifier une personne qui ne rit pas. Mais qui se rappelle cette scène de Gargantua, durant laquelle le frère Jean pulvérisa les envahisseurs de son clos? L’auteur y écrit:

«Les uns cryoient: Saincte Barbe!

les autres: Sainct Georges!

les autres: Saincte Nytouche!»

«Saincte Nytouche». Voilà une bien étrange formulation, n’est-ce pas? Mais ne nous arrêtons pas à cet ancien français. Car cher lecteur, il s’agit en réalité ici d’un jeu de mots. Et pas n’importe lequel! D’un calembour. Ainsi que le raconte le lexicologue Alain Rey dans son livre 200 drôles d’expressions (Le Robert), la Sainte-Nitouche est littéralement la reformulation de la phrase: «Sainte qui n’y touche pas».

On comprend mieux maintenant, comment un gouailleur tel que Rabelais a pu s’amuser de ce langage peu châtié et pourquoi son apparition a pu faire les choux gras des littérateurs. Car l’expression n’est pas sans faire référence au «corporel» et plus encore, au «charnel». Citons là, comme nous le rappelle avec pertinence Claude Duneton dans son livre La puce à l’oreille, Charles Sorel: «[…] il montre à la Bourgeoise tout ce qu’il a de plus secret. Pour faire la Saincte Nitouche en s’escriant, elle couvre soudain ses yeux avec sa main, dont elle entrouvre néanmoins les doigts, finement. Hypocrite qu’elle est, pour voir sans que l’on s’en aperçoive.»

Rien de sacré donc cette expression «sainte-nitouche». À part peut-être le comportement de ces dernières, qui est lui, toujours à ce jour, «sacrément» hypocrite!

 

Source

Partager