Article de Caroline Parmentier pour Présent
Un premier film qui a un joli plus et qui confirme qu’il existe du bon cinéma d’auteur français. Rude, franc et au final extrêmement sensible. Cette chronique sentimentale et sociale est à la fois lucide et délicate et son dénouement nous emporte comme une lame de fond.
Nous sommes dans un port normand, près des plages du Débarquement, le ciel est plombé, les hommes et les femmes aussi. Angèle (Clotilde Hesme, belle comme la tristesse) est perdue et se cogne à sa vie désespérante. Cette ex-taularde sauvageonne, qui porte un prénom d’héroïne de Giono et de Pagnol, est prête à tout pour récupérer la garde de son fils. Elle passe une petite annonce pour trouver un mari, ce qui lui permettrait d’accélérer son dossier.
C’est Tony qui mord. Une grosse baraque de marin pêcheur en quête d’amour, aussi rustaud d’apparence (troisième ligne de rugby en plus enveloppé) qu’il est profondément bon et délicat (superbe jeu d’acteur de l’étonnant Grégory Gadebois, de la Comédie-Française).
Il y a peu d’effets dans ce film, pas de sentimentalisme et l’on est très ému. L’authenticité et la simplicité qui ne sont pas artificielles, la mer omniprésente, la vie au diapason de la pêche, les regards, la confiance, les dialogues ténus, les silences éloquents, la naissance de ce couple improbable et touchant qui se reconstruit mutuellement. Les situations sont très dures mais les hommes et les femmes tiennent debout. Deux très jolies scènes entre la mère et son petit garçon car il est question de cet amour-là aussi : le dialogue à travers la porte à l’école et elle qui s’effondre dans la cour. Et le retour sur son vélo où il attache ses mains autour de sa taille. Avec rien, il y a tout.
La première vertu de ce premier film d’Alix Delaporte qui marche à pas feutrés sur le fil de sa jolie sensibilité, c’est de commuer le désenchantement en un espoir tenace et entêté.
